Je suis venu te dire que je m’en vais

 

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Alors que je te trouve assise là, désespérée, cheveux éparpillés sur ton visage en larmes, j’ai un pincement au cœur, mais je dois à nos années d’amour et  à nos nuits sans sommeil la vérité claire et définitive. Je sais que tu sais. Et tu sais que je sais que tu sais. Épargnons-nous la peine de la dispute de trop, celle où on parle à l’excès et où on ne dit que si peu, celle où embrasés par le feu de nos rancœurs, nos cœurs s’épanchent en bile et invectives.

Je sais que tes doutes se sont confirmés, que les rumeurs se sont faites grand bruit et que tu en es devenue sourde à mes piètres tentatives de te corrompre à nouveau. Oui tout ce qui se racontait sur moi était vrai. Aussi vrai que ton compte est vide et le mien plein. Aussi vrai que tu es un ange et moi un vil démon.

Tu offrais et je prenais, tu avais des désirs que je comblais. J’étais nécessiteux et tu me donnais, je n’avais aucune perspective et tu m’ouvrais de grands horizons faits de luxure et de volupté. Autant que les narines ont besoin d’air frais, j’avais besoin de cet argent dont tu m’arrosais, sans compter. Mais moi j’additionnais, multipliais les sommes à te soustraire. Je n’ai pas envie de me lancer dans cette diatribe miséreuse où je te raconte une enfance malheureuse, histoire d’attendrir un cœur que mes excès ont fini par durcir. Je ne veux pas te raconter les tourments que j’ai traversés et qui m’ont fait choisir ce chemin de la facilité avec toi. Tu l’as dit, je suis un beau salaud. Personnellement, j’aurais dit pire, mais tu es tellement meilleure que moi…

Mais vois-tu, l’argent suffit un moment, il étouffe un instant le cri profond de l’être qui réclame quelque chose de plus grand. Il ne peut malheureusement pas l’éteindre et un jour la quête reprend. Tes copines ont dû te raconter avec qui elles m’ont vu. Tu connais sans doute sa position, mais tu ne sais pas qui elle est en vérité. Tu ignores tout de ce qu’elle me fait ressentir quand nous sommes ensemble. Tu ne connais rien de cette timidité soudaine qui m’envahit quand elle me fixe de ses yeux ténébreux et malicieux. Si tu pouvais juste imaginer comment mon cœur se gonfle de joie quand elle sourit et que toute la clarté mélodieuse de l’univers s’entend dans sa gorge qui rit. J’aurais voulu ressentir tout ceci avec toi, je te jure que c’est vrai. Je te devais bien cela après tout ce que tu as fait pour moi. Je n’y suis jamais arrivé et je te demande pardon d’avoir joué cette comédie lugubre qui avait des accents d’amour sans en avoir la coloration. Je ne suis pas désolé d’avoir joué, je m’en veux juste que tu aies perdu.

La vérité c’est que je suis venu te dire que je m’en vais. Ne m’indique pas le chemin, je ne le connais que trop bien. Ne pleure pas. Je sais que tu n’en as cure mais je préfère garder le souvenir de ton visage rayonnant. Celui que tu avais quand tu pensais encore que ce mensonge était vrai. La vie m’emporte loin de toi, c’est assurément mieux ainsi.  Tes larmes chaudes n’effaceront rien du mal que je te fais je le réalise, j’espère juste qu’ils étancheront un tant soit peu ta soif de « pourquoi ».

****

Voilà, moi aussi je suis venu vous dire que je m’en vais. Ce post était le dernier du The Blog Contest (TBC) auquel j’ai eu l’immense plaisir et l’insigne honneur de participer depuis Juillet 2016. Le thème sur lequel nous devions écrire était: « Finances dans le couple: du matérialisme masculin au gigolotisme ». J’aimerais remercier chacun de ceux par qui cette formidable aventure a été rendue possible, tous ceux qui ont cru en mon talent et m’ont permis d’y participer en votant pour ma candidature. Les autres challengers le confirmeront, certains thèmes ont été pour nous de véritables casse-têtes. Nous avons cependant eu un plaisir certain à vous laisser découvrir nos univers respectifs à travers nos écrits. Le TBC a été une occasion d’échanges et de rencontres. Cela a été pour moi, au-delà une immersion parmi la communauté camerounaise. J’en retiens le meilleur, les fous-rires et les instants entre challengers où nous avons rigolé comme des gamins dans le groupe Whatsapp, à se taquiner jusqu’à pas d’heure. La vérité c’est que je suis déjà nostalgique de cette belle aventure. Je vous remercie d’avoir suivi les crissements de ma plume sur les feuilles de ce blog.

C’est la fin de l’année. Je m’en vais vous souhaiter chers lecteurs par anticipation de très belles festivités de Noël et une excellente année 2017. Tout n’a sans doute pas été parfait cette année mais si Dieu le veut, la vie nous offrira tous en 2017 la possibilité de nous améliorer, de faire plus, de faire mieux. Tous mes vœux de parfaite santé et de bonheur véritable à chacun de vous et à tous ceux que vous aimez.

Yann.

Lisez le dernier article de cette formidable troupe de saltimbanques ici :

Arsène, mon rival

Christian, le dangereux

Elie, le discret,

Leyo, mon coup de cœur (Ma’a, I’m gonna miss you !)

Obone, ma passagère

J’ai un peu de mal à terminer cet article entre les flots de souvenirs et d’émotions. C’est bête d’être émotif pour si peu mais je sais que ce post représente un tournant parce que c’est probablement le dernier de ce blog. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

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Je suis venu te dire que je m’en vais

Le Dictateur Africain : Starter Pack. Le Kit en 10 leçons pour devenir maître chez vous.

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Bienvenue à l’Académie Africaine des Dictateurs en Herbe

Ça y est ! Après tant d’hésitations vous avez décidé de passer à l’attaque. Vous allez enfin prendre le pouvoir et servir votre poche, votre pays comme il se doit. Voici, prêts à être employés dix conseils pour devenir guide éclairé sur la terre de vos ancêtres.

I. Trahir à volonté

Une première chose à savoir quand on veut devenir un dictateur accompli, un despote qui est aussi craint que respecté c’est que vous ne devez pas vous embarrasser de scrupules. Ça ne sert à rien, ça pue et ça vous empêche de dormir la nuit. Que ce soit votre père, votre oncle, votre compagnon d’armes ou de lutte, vous devez être prêt à marcher sur tout ce beau petit monde pour accéder au sommet. Les places sont chères, il n’y a qu’un seul fauteuil. Vous avez appris que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? L’ascension vers le pouvoir est pavée de cadavres d’amis, c’est aussi simple que ça. Trahissez, prenez de la peine. Ne laissez nul compagnon où le tacle ne passe pas et ne repasse. Emprisonnez ceux qui en savent trop sur votre passé peu glorieux, jetez en pâture à la vindicte populaire ceux qui osent vous regarder dans les yeux, ces impertinents qui osent contester votre pouvoir naissant.

II. Se donner une figure messianique

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C’est bien connu, la religion est l’opium du peuple. Les gens stupides se nourrissent d’espoir. Eh bien, vous incarnerez cet espoir-là. Une officine noire va enrober de mystère les circonstances de votre naissance, semer quelques coïncidences extraordinaires sur votre parcours, répandre quelques rumeurs mystiques à votre sujet. Vous, oui vous, êtes le projet de Dieu pour ce peuple en pleine perdition, vous êtes le salut, vous êtes le sauveur ! Nul n’ira au pouvoir sans vous passer sur votre corps ensanglanté. Le ponpon c’est quand vous échappez mystérieusement à un « attentat » où tout vous destinait à rester. Et vous voilà, à défaut d’être un Messie en aube blanche, un petit diable à craindre par vos adversaires les plus féroces.

III. S’appuyer sur un parti unique

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Les animatrices du MPR Zaïrois

Si vous ne suivez pas cette leçon, vous devrez reprendre votre année dans notre illustre académie car elle vaut à elle seule la moitié des unités d’enseignement conduisant au passage en classe supérieure. A cette étape donc, il vous faut soit susciter l’appel du peuple vous implorant de venir aux affaires si vous venez des corps habillésen effet ça fait désordre, un militaire qui abandonne le treillis pour descendre dans l’arène politique ou réformer le parti que vous meniez avec vos compagnons de lutte, ceux-là même que vous avez jetés en prison à la leçon I.  Le but ultime dans chacun des cas c’est de prendre la tête d’un parti de « large ouverture » dont le chef tient bien la fermeture. Pour le nom, ne vous fatiguez point. Il faut un nom qui indique que tout le monde en fait partie. La boîte dans laquelle vous piochez  doit contenir : Rassemblement, Démocratique, Peuple, Populaire, Union, Parti, Mouvement. Combinez à souhait et ajoutez l’épithète associé à votre peuple. Vous obtenez : Rassemblement du Peuple Togolais, Parti Démocratique Gabonais, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, Mouvement Populaire de la Révolution… Vous voyez que vos illustres aînés ont bien suivi la leçon. Laissez mijoter tout ceci et vous obtenez un parti-Etat au goût savoureux. C’est l’instrument qui vous permet de créer un Etat dans l’Etat et affaiblir durablement les contre-pouvoirs ridicules prévus par la Constitution.

IV. Ne faire confiance qu’aux gens de votre clan

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N’importez pas chez vous des choses qui diluent l’autorité traditionnelle. La démocratie, c’est bien. Le système de gouvernance dans votre village c’est nettement mieux. Appuyez-vous donc sur les gens de votre village, votre région, votre ethnie. Nommez systématiquement à la tête des institutions régaliennes des cousins du village, des frères de clan. Profiter seul du pouvoir peut vous aliéner des ennemis mortels, profitez-en à plusieurs, vous conserverez la bénédiction des sages de chez vous. Avant chaque nomination, vérifiez minutieusement le pedigree des candidats, éliminez systématiquement les gens issus des ethnies supposées favorables à vos opposants, faites de même avec les « métissés ethniques ». Priviliégez les « et » (père ET mère, issus de votre clan), adoptez une défiance par rapport aux « ou ». Les demi-mesures conduisent aux demi-loyautés.

V. Déstabiliser les institutions

Tout le monde le sait, les institutions ça ne sert à rien à part vous faire chier. Pourquoi distribuer le pouvoir que vous vous êtes donné tant de mal à conquérir ? Equilibre des pouvoirs ? Vous êtes suffisamment raisonnable pour contrôler l’usage que vous faites du pouvoir qui ne vous a pas été confié. Il urge donc d’équilibrer les pouvoirs de telle façon que personne ne vienne mettre son gros nez dans vos affaires : vous vous organiserez donc de manière à gagner systématiquement les législatives, vous nommerez des gens qui vous sont favorables au parquet, interrogerez les candidats à la magistrature sur leurs origines. Si malgré toutes vos précautions, ces raclures d’opposants parviennent à prendre l’Assemblée Nationale, vous créerez un Sénat pour caser vos vieux copains et diluer le pouvoir de l’Assemblée rebelle. En tout état de cause vous rechercherez sans cesse la concentration des pouvoirs dans vos mains tout en donnant à votre peuple et aux observateurs extérieurs que les institutions fonctionnent. Votre célèbre devancier dans cette académie, Louis XIV ne disait-il pas : « L’Etat, c’est moi » ?

VI. S’inventer des ennemis imaginaires

Il faut vous y préparer, toutes les bonnes choses ont une fin. Le pouvoir absolu attise les convoites, et au peuple donne de choses illusoires la faim : la démocratie, la liberté, l’auto-détermination. Toutes ces choses détestables que votre autorité a en horreur. Afin de prolonger votre règne et mobiliser vos populations autour d’un idéal, il convient de vous créer un ennemi, s’il n’en existe aucun à même de susciter la détestation populaire. Il peut s’agir du voisin auquel l’histoire vous a si souvent opposé. Mais ce qui est encore mieux, c’est les multinationales mercantiles avides d’argent appuyées par l’ancienne métropole qui se repaissent du sang de votre peuple, et à qui vous avez accessoirement attribué des contrats juteux dont les retro-commissions sont allés gonfler vos comptes en Suisse. Les peuples sont sensibles à ces oppositions style David contre Goliath. Cela vous permet de gagner du temps, souder le peuple derrière son Messie qui le défend contre le géant malfaisant.

VII. S’acheter un adversaire dans l’opposition

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Lorsque les effets de la leçon précédente s’estomperont, que vous le vouliez ou non, il faudra passer la case « élections ». Votre opposition, dans le but de décrédibiliser un processus où vous vous serez donné tant de mal pour modifier la constitution, amoindrir la marge de manœuvre de vos adversaires, les intimider, tentera, injure suprême, de boycotter les élections. A ce moment, souvenez-vous : il faut être deux pour danser un tango. Dans chaque famille, il y a un mouton noir. Il se cache dans le troupeau bêlant de ceux qui vous fustigent au quotidien. Repérez ce délicieux gibier et offrez-lui un appât. En général, il convient de choisir celui qui acceptera de se faire battre le plus largement. Plus le pourcentage que vous souhaiterez voir proclamé en votre faveur à l’issue de cette mascarade sera élevé plus il vous faudra de zéros à aligner sur le chèque pour attirer votre adversaire dans cette piste de danse macabre. Rassurez-vous, chaque homme a un prix au-délà duquel ses convictions disparaissent dans le tourbillon des millions comme les déjections dans les toilettes, un prix auquel on a moins de scrupules à accepter l’inacceptable, un prix auquel on embrasse le diable et on ne trouve pas cela si mal. Achetez-vous un adversaire, un illustre inconnu qui dira que boycotter les élections n’est pas une solution et que choisir une telle démarche c’est s’assurer de vous voir réélu indéfiniment. Gagnez avec un score stalinien et assurez-vous de continuer votre œuvre messianique encore un quinquennat ou un septennat.

VIII. Mettre les institutions électorales au pas

Beaucoup d’apprentis dictateurs pensent que la première institution électorale à contrôler c’est la commission électorale. Grave erreur ! L’institution qui valide les résultats ou non c’est l’armée. Il est important d’y reproduire le même schéma qu’avec l’administration publique. Vous nommez systématiquement les gens de votre village aux postes stratégiques. Vous entretiendrez au sein de votre armée une ambiance délétère de façon à ce qu’elle ne songe jamais à vous renverser. Récompensez ceux qui se sont rendus coupables d’exactions et punissez sévèrement ceux à qui vient l’idée saugrenue de servir l’intérêt public. Une armée républicaine ? Quelle œuvre futile en tant de paix ! Qui vous défendrait, vous contre un peuple épris de justice et de liberté ? Ce qu’il vous faut c’est une garde prétorienne servile et complètement dénuée de jugeote. Une bande d’ignares qui dépasse vos espérances en terme de répression et qui est capable de mater le moindre soubresaut de façon disproportionnée. Il faut frapper les esprits ! Une fois que vous avez une armée à votre solde, désorganisez complètement le processus électoral : gonflez les listes électorales, faites voter les morts et les mineurs, troublez le fonctionnement de la commission électorale, livrez-vous à des provocations régulières de façon à excéder l’opposition qui finit par quitter les assises furieuse. Il ne vous restera plus qu’à tripatouiller les résultats et accuser votre opposition complètement désorganisée de fraude pour compléter le tableau. Et le tour est joué, vous voilà réélu !

IX. Entretenir une méfiance sans limite face aux médias et réseaux sociaux

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Vous repasserez demain svp !

Ça y est vous avez gagné les élections transparentes haut la main, les doigts dans le nez, le pied au cul de ces nuisibles d’opposants. Première mesure de votre nouveau mandat : coupez les télécommunications et internet. Vous avez gagné honnêtement, il n’est rien d’autre que le monde ait besoin de savoir. Arrêtez rapidement le correspondant de RFI ou de l’AFP et expulsez-le: défaut de visa, entrée illégale sur le territoire par votre aéroport international, diffamation, traitement tendancieux de l’information, sa tête ne vous a jamais plu ; toutes les raisons sont recevables. Priver votre pays d’internet c’est l’assurance de ne pas voir les fausses informations se répandre sur les réseaux sociaux, cette peste des temps modernes, ce repaire de dangereux terroristes, diffamateurs, ces paresseux qui n’ont rien à faire de leur vie à part vous critiquer, ces comploteurs manipulés par les occidentaux et votre opposition, ces chiens galeux qui trouvent toujours à redire quoi que vous fassiez. Une seule voix compte c’est les médias d’Etat, les mêmes qui diffusent de la musique ou un feuilleton pendant que l’armée est dans la rue matant ce peuple ingrat qui se révolte contre votre belle réélection. Les coups en musique, c’est bien connu, ça sonne mieux !

X. Laissez d’autres se charger des basses besognes

Vous êtes le Messie, vous avez toujours raison, vous ne pouvez donc pas avoir les mains sales. Il vous faut quelqu’un pour se charger des tâches les moins glorieuses, mener la répression, diriger les assassinats ciblés. Il s’agit de quelqu’un qui a toute votre confiance, qui a les pleins pouvoirs pour expurger le pays de cette vermine qui s’oppose etqui braille. C’est celui que les organisations des droits de l’Homme désigneront comme responsable des exactions de votre armée, c’est lui qui sera visé par les sanctions des organisations internationales. Ce qu’il vous faut, c’est un fusible, celui que vous sacrifierez lorsque les choses tourneront mal et que vous devrez donner une tête à couper à la Cour Pénale Internationale pour calmer les opinions publiques occidentales de vos amis qui auront préalables entériné votre élection du bout des lèvres. Vous apparaîtrez ainsi dans votre gloire comme quelqu’un de juste qui ne saurait couvrir le moindre crime. Que disions-nous, vous êtes le Messie, très cher, il est hors de question de remonter sur la croix.

Bonus : Endormir le peuple

Pour que votre pouvoir dure, vous devez impérativement empêcher votre peuple de s’éveiller en ce qui concerne vos agissements, ses droits, et toutes ces choses futiles qui amènent tant d’agitations inutiles. Pour ce faire, point n’est besoin d’émissions subversives à la télé ou à la radio nationales. Flattez les bas instincts plutôt : des clips à la limite de la pornographie pour ces messieurs et des feuilletons pour ces dames suffisent amplement. Pendant qu’ils sont occupés à rêver d’une meilleure version d’eux-mêmes, pensent-ils à un meilleur devenir de la nation ? Non, assurément.

Dernière conseil, et il est gratuit, ne lisez surtout pas les contributions des autres challengers du Blog Contest sur le thème « Devenir un dictateur africain en dix leçons ». Je vous mets tout de même les liens vers les blogs de ces autres personnages subversifs qui tiennent des propos séditieux sur les réseaux sociaux :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

Le Dictateur Africain : Starter Pack. Le Kit en 10 leçons pour devenir maître chez vous.

C’est un piège !

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My three-year-old self

P’tit Yann, viens sur les genoux de Tonton, il faut qu’on parle.

Depuis un certain temps, tu commences toutes tes phrases par « quand je serai grand… », je t’écoute, et je souris tendrement. Aussi sûr que les feuilles des arbres après la saison des pluies jaunissent, aussi certain que tout objet qui s’élance dans les airs finit par redescendre sauf au Bénin, tu seras grand. Un jour. Dans pas longtemps. Tu seras grand.

Je ne serai peut être plus là pour que tu me racontes les quelques découvertes fantastiques et les nombreuses déconvenues que tu auras traversées. Mais sache que je serai de tout cœur avec toi et que je t’adresserai même si tu ne le verras pas le même sourire tendrement amer que j’ai sur le visage en ce moment.

Vois-tu mon petit père, grandir n’est pas sans danger. Demande à Bambi, il te dira. Le plus grand d’entre eux est sans doute celui que les adultes nomment brutalement « le choix ». Tu as entendu comment le mot siffle derrière ton oreille ? Aujourd’hui, tu as à choisir entre mettre la culotte bleue fluo et le pantalon orange que tu aimes tant. Compote de pomme ou de banane ? Tu trouves ça dur n’est-ce pas ? Pourtant ce sont-là deux choses que tu aimes bien. Dans quelques années, tu apprendras que le champ de tes choix ne s’étendra plus entre deux exquises possibilités mais entre une que tu aimes moins et une autre que tu aimes encore moins, entre une qui ne te plaît que moyennement et une que tu n’aimes pas du tout. Tu n’as pas compris de quoi je parlais ? Voici des exemples concrets: utiliser les 5.000F qui te restent en poche pour payer un forfait internet qui marche un octet sur deux ou soudoyer l’agence de police qui vient de t’arrêter parce que tu conduis une moto sans plaque d’immatriculation. Ou encore choisir entre un stage de deux ans à 30.000F ou un CDD à 50.000F pendant 6 mois. Ne rêve pas de CDI, nous dormirons tous mieux le soir. Université de Lomé ou de Kara ? Je te préviens, les mêmes conditions exécrables t’y attendent. A Kara, ça a juste l’odeur du moins vieux.

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In your face !

Autant que choisir c’est renoncer, grandir c’est renoncer aussi. Si tu suis ma logique, grandir c’est donc choisir. Bon, à 3 ans je ne m’imagine pas que tu comprennes forcément ce processus d’identification mathématique mais retiens-le comme ça. Note-le s’il le faut. Ah j’oubliais, tu ne sais pas écrire, petit veinard parce que c’est avec ça que viennent tous les autres merdes. Plus tu grandiras, plus tu te rendras compte que tous les rêves ne sont pas possibles: tu ne peux pas être avocat et docteur, tu ne peux pas être vétérinaire et pompier en même temps, tu ne peux pas être footballeur et multimilliardaire en même temps, mais ça #EtooPeut. Pourquoi tu ne peux pas ? Bah, parce que c’est comme ça, il faut faire des choix mon petit pote !

Et puis, il y a cette chose insidieuse qu’on ne te dira pas mais que tout le monde attendra de toi: les responsabilités, les assumer notamment. Alors, comment t’expliquer ? Assumer les responsabilités en fait c’est ce que tu es censé faire dans une situation donnée, que tu sois préparé ou pas, que tu sois prêt ou pas, que tu sois d’accord ou pas. Assumer ses responsabilités c’est ce que tu dois faire pour que tout le monde soit content même si ça ne t’enchante pas mon petit vieux. Les grands disent qu’il faut faire ces choses parce qu’elles sont « nécessaires » Et crois-moi, ça va bien te serrer ! Tu reçois des factures ? Tu paies et dans les temps stp ! Tu casses le pare-brise du voisin en essayant de glisser une invitation à ta fête-surprise, bah tu paies. Tu mets la petite graine dans la zezette de Bérénice (bon là, tu ne peux pas mais dans quelques années on en reparle) ? Tu te présentes chez son papa fou de rage et tu lui dis que c’est toi le jardinier. Tu vois un peu ?

Je constate que tu rigoles moins là. Pourtant ce n’est pas fini, ça n’a même pas encore commencé. Tu te rappelles la dernière fois, je t’ai dit que je viendrais te chercher pour aller manger une glace et puis je ne suis jamais venu. Tu as pleuré n’est-ce pas ? Ne joue pas au dur avec moi, ta maman m’a dit que depuis il n’y a plus de kleenex dans la maison. Tu vois ce genre de choses, les adultes se le font entre eux, tous les jours. Ils disent le contraire de ce qu’ils voient, ça s’appelle le mensonge. Ils ne disent pas le fond de leur pensée et se contentent de te dire ce que tu veux entendre, ça c’est l’hypocrisie. Ils font le contraire de ce qu’ils ont promis et tu vas être très triste, ça c’est la déception. Ils diront une chose à l’un et une autre à l’autre juste pour foutre la merde, ça c’est la duplicité. On dirait qu’ils font deux publicités différentes pour le même pot de yaourt. Toutes ces choses on te les fera et tu les feras parce que, te dira-t-on  tout le monde fait comme ça.

Finalement un jour, tu seras suffisamment grand, ces salopards de cheveux commenceront à se faire la malle, tu auras du poil aux aisselles et une sympathique demi-douzaine de factures qui attendent patiemment que ton salaire tombe. Tu te retourneras, regarderas ton parcours et tu te diras que ce n’est pas trop mal tout de même. Tu verras les choix que tu as faits et tu comprendras qu’ils t’ont mené là où tu es arrivé et que sans eux tu serais une personne différente. Tu contempleras les choses auxquelles tu as renoncées et tu te consoleras en te répétant qu’à défaut de t’en avoir appris plus sur qui tu es, elles t’auront mieux appris  qui tu n’es pas. Enfin, tu te diras que les responsabilités quand tu mets de côté l’aspect contraignant, cela t’attache le respect des gens à défaut de leur amour. Et ils te foutent royalement la paix quand tu fais bien ce que tu dois. Tu comprendras que les choix, mine de rien c’est sacrément important, ça te permet de faire le tri. Quand tu auras survécu à l’orage des déceptions, des mensonges, des trahisons et autres incongruités du comportement humain, tu verras que seuls les meilleurs resteront autour de toi. Ceux que tu appelleras légitimement la famille et les amis.

Un jour tu auras trente-trois putain de balais si, si, quand on est grand on a le droit de dire ça pour exprimer sa joie, et tu te diras qu’avoir l’âge du Christ ce n’est pas si traumatisant que ça, sauf quand on n’est pas dans les clous de sa vie (Alerte: jeu de mots) ; que la vie offre des possibilités infinies pourvu qu tu saches la regarder avec des yeux d’enfant. Tu te retrouveras comme le vieux con qui te parle, à écrire un billet sur un blog, désespoir ultime, pour expliquer à l’enfant de trois ans que tu as été que grandir ça peut être moche mais que ce n’est pas trop mal quand même.

Allez descends, allons taper dans un ballon. Mais avant, promets-moi une chose:

NE GRANDIS JAMAIS, C’EST UN PIEGE !

Nota: C’était mon anniversaire il y a deux jours, donc j’ai le droit d’écrire des gros mots dans mon billet.

Allez ciao,

Yann.

C’est un piège !

Vous êtes juge, jugez donc !

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Source: lexpress.fr

Monsieur le Juge, je n’ai pas besoin d’avocat. Vous avez déjà prévu de me manger tout cru, de toute façon. Si je dois aller croupir en taule quelques semaines autant épargner à mes finances, si tant est que posséder quelques pièces en poche puisse s’appeler ainsi, la douleur de payer un quelconque filou pour qu’il vous dise ce que vous ne voulez pas entendre et me dise à moi, dans un langage que je ne comprends pas, que la société pense que je suis une vermine sur laquelle, elle a tôt fait de marcher sans se retourner.

Votre honneur, j’étais là. Oui j’avais un pavé à la main quand ils m’ont arrêté. Je ne veux pas manquer de respect à ce tribunal, je dis donc qu’ils m’ont arrêté. La vérité c’est que j’ai été coursé comme un lapin, molesté comme un esclave, tabassé comme un voleur. Mais comme ces Messieurs sont en uniforme bleu, cette conduite est socialement acceptable. J’aurais fait la même chose torse et pieds nus, le qualificatif de sauvage, de brigand m’aurait été accolé sans que cela n’émeuve personne dans cet auditoire. L’habit fait-il alors le moine ? Puisque vous êtes ici pour cela, jugez donc !

Même si je passe sous silence nombre de coups et de tortures qui m’ont été infligés durant ces quelques jours qui séparent mon arrestation et de ce jour où vous allez décider de mon sort, je le dois à mes parents ici présents d’affirmer devant tous que je ne suis ni un « batard » ni un « mal élevé ». Comme la majorité des enfants de cette nation j’ai été élevé par des parents qui avaient à cœur de me transmettre les valeurs de respect et de bonne moralité. Mais quand après le bac, tu te retrouves à faire le zémidjan pour t’en sortir alors que les camarades moins doués multiplient les stages dans les grandes entreprises de Lomé, les bons principes, ça te sort pas le nez. Vous ne mesurez sans doute pas la violence que constitue cet ascenseur social bloqué pour nous autres alors qu’il fonctionne à plein régime pour ceux dont les parents ont les bons contacts.

Certes, cela ne justifie pas tout ce qui s’est passé à Awatamé le mois passé. Qui pourrait rester impassible face à un tel déferlement de violence ? Ne vous y trompez pas, Monsieur le juge, je ne suis pas ici pour faire amende honorable. J’attends votre condamnation avec sérénité même. Je suis ici pour avoir des réponses puisque personne ne veut jamais répondre aux citoyens de ce pays. Où était la justice lorsque la petite Virginie a été fauchée par le fils passablement éméché d’un des cadres du parti au pouvoir et qu’on l’a retrouvé en ville à faire la java la semaine qui a suivi ? Pourquoi le directeur exécutif d’une des grandes banques de la place continue à dormir sur ses deux oreilles alors que les témoignages au sujet des attouchements auxquels il s’est livrés sur des mineurs continuent à s’accumuler comme les ordures au bord de la lagune de Nyékonakpoè ? Quel juge a enquêté sur la fortune du Ministre Tout Puissant qui possède une villa de luxe dans chaque quartier de la capitale ? La justice n’est donc pas pour tous, uniquement contre certains ?

Voyez-vous votre Honneur, c’est la violence qui engendre la violence. Mes camarades et moi n’avons pas mauvais fond. Le petit Ousmane qui a été tabassé à mort par les forces de l’ordre parce qu’il vendait de l’essence frelatée, nous le connaissions tous. Il rendait service à tout le monde au quartier. Quand nous devions affronter les équipes des autres quartiers, nous étions rassurés de l’avoir dans nos rangs parce qu’Ousmane était le meilleur d’entre nous. Dans d’autres circonstances, sous d’autres cieux, il ne lui serait jamais venu à l’esprit de vendre cette essence qui ronge les doigts pour subvenir aux besoins de sa mère aveugle et de ses deux sœurs cadettes. Ailleurs, Ousmane aurait vécu de son talent. Voir le corps inerte de ce jeune homme abandonné à même la chaussée et la brigade de police s’en éloigner, se ménageant un passage vers le fourgon à coup de gaz lacrymogène, nous a retourné les tripes, et le cerveau avec. Nous étions fous de rage du fait que ce pays qui mange ses propres enfants sans jamais les avoir porté sur ses épaules vienne demander à Ousmane d’arrêter de faire ce qui lui permettait de survivre. Alors Djibril a pris un bâton, Têvi a pris un pavé, je lui ai emboîté le pas, des dizaines d’autres aussi. Et nous avons caillassé le fourgon de police. Nous avons cassé les feux rouges flambants neufs, nous avons tiré quelques vieux pneus sur la route et y avons mis le feu. C’était si peu de choses à côté de la désespérance qui nous animait…

Que cela soit qualifié d’actes inciviques, soit ! Qu’il me soit permis cependant de demander : est-ce plus incivique que de détourner les deniers publics pour son compte personnel, ne jamais rendre de compte pour sa gestion de la nation, s’éterniser au pouvoir par diverses gesticulations électorales ? Celui qui laisse ses concitoyens se soigner dans des hôpitaux où les chirurgiens se lavent les mains avec de l’eau en sachet, celui qui laisse les professeurs enseigner pendant des mois sans solde, la même personne qui sait pourtant trouver 20 milliards de nos francs pour organiser un sommet aussi inutile que farfelu, celle-là même qui a juré de protéger la constitution et qui la viole à la nuit tombée, cette personne-là a-t-elle plus de civisme que nous autres qui avons jeté des pavés ? Vous êtes juge, jugez donc!

Votre honneur, l’incivisme c’est ce qui reste à nous autres, petites gens lorsque la coupe de notre colère et de la frustration déborde. C’est notre réponse à la violence de l’appareil d’Etat dont nous sommes les perpétuelles victimes. On ne peut pas, il est vrai, justifier tout et n’importe quoi mais il faut avouer que dans un pays comme le nôtre où certains ont le sentiment d’être au-dessus de la loi et ce en toute impunité, qui peut empêcher le chauffeur qui se croit au-dessus de la loi dans son taxi de brûler un feu rouge ?  Qui va empêcher la dame de jeter ses ordures au milieu de la rue alors que les impôts qu’elle paye ne permettent pas de mettre en place une collecte efficace des déchets ménagers ? Qui va dire à ce jeune qui tourne mal qu’entrer chez les gens par effraction c’est mal alors que les militaires défoncent les portails des gens et entrent dans les maisons par la force quand il y a des troubles en ville ?

Messieurs, dames vous le voyez bien, il y a d’autant plus d’actes inciviques que les gens se sentent bafoués dans leur dignité, s’estiment peu écoutés, jugent les réponses violentes des autorités totalement inadaptées. Il y a dans l’incivisme ce mal qu’on se fait au final à soi, comme autant de scarifications pour extérioriser la violence qui boue dans les veines.

Le jour où nos dirigeants prendront la résolution de faire respecter les mêmes lois pour tous les justiciables, quand les populations se sentiront pleinement intégrées dans leur citoyenneté, lorsqu’on adressera en guise de réponse à des actes déviants beaucoup plus de pédagogie et moins de répression ultra-violente, nous pourrons nourrir l’espoir d’une société apaisée, soudée autour de valeurs portées pour tous et chacun. En attendant que ce jour tant souhaité arrive, vous allez me condamner sans aucun doute. Ainsi sont les choses dans notre ripoux-blique. Qu’il me soit permis cependant permis de poser une dernière question: qui rendra enfin justice à Ousmane ?

Vous êtes juge, jugez !

Et toi cher (chère) lecteur (lectrice) comment trancherais-tu, après une telle plaidoirie ?

 

Ce texte fictif a été écrit dans le cadre #TBCS4E4 dont le thème est : L’incivisme chez l’adulte, un exemple pour la nouvelle génération. Toute ressemblance avec des faits ou personnages existants ou ayant existé est purement fortuite. Quoique…

Lisez ici, sur le même thème la contribution de :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

 

Vous êtes juge, jugez donc !

Le piment dans quelle sauce ?

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Source: http://www.from-the-source.com (No kidding !!)

Bonsoir Reniss,

C’est avec un plaisir non dissimulé que je me pose, entre deux recettes, l’une brûlée, l’autre trop salée pour t’adresser cette missive qui je l’espère conviendra à ton bon goût. Yes, les formulations old school !

Reniss, tu me permettras de t’appeler ainsi par ton « petit nom » (Nom de caresse comme on dit parfois chez moi), puisque depuis que tu es entrée insidieusement dans ma maison un soir de Juin dernier, j’ai l’impression que tu fais partie de la famille. Ce soir-là, tu as allongé ta sauce jusqu’aux oreilles de mon petit garçon et tu m’as fait passer pour un vieux con par la même occasion mais, c’est la famille, je te pardonne. Après le bisou habituel que je recueille tel une feuille de laurier des lèvres de mon petit bout de chou sur mes joues tu vas en bouffer des métaphores culinaires, chacun son tour, il se remit à chanter comme un mantra aux accents de curry « Dans la sauce ! Dans la sauce ! Le piment dans la sauce ». Tout à mon étonnement, je me retournai vers mon second de cuisine (eh oui y’en a qui ont de la chance : l’homme porte la culotte et fait aussi la cuisine – pour huer cette blague misogyne, sexiste, machiste, tapez 1  ).

  • « C’est quoi encore cette histoire de piment dans la sauce ?  m’écriai-je.
  • C’est la nouvelle chanson à la mode ! » me fut-il rétorqué dans la foulée

C’est à ce moment précis que mon destin bascula.

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J’entendis une voix de là-haut me disant : « Fils, c’est le tube ! »

  • Lequel Seigneur, dentifrice, mayonnaise, ketchup ?

Le Seigneur roula des yeux, et Il vit que c’était bon, mais me laissa à mon interrogation. En effet, il venait de voir qu’Ali prévoyait de voler les élections. Le sens de priorités.

Pour moi, tout s’arrêta là. J’avais d’autres sauces à fouetter. Il fallait bien que le peuple mange.

Et puis un beau jour, mon fouet élimé se cassa et je reçus la sauce dans les oreilles. Lourde, parfumée, et pleine de mystère.  Une chose dont j’ai été convaincu en entendant ta chanson, c’était de ma paternité. Oui, ma paternité. Pas que j’en doutasse spécialement (la perçance ! ), mais si mon petit estomac sur pâte, pardon sur pattes avait été marqué par la chanson c’est qu’il avait de bons goûts musicaux comme son père. C’est pas beau, ça ?

En vérité, de cette première vraie écoute je suis ressorti avec des interrogations. Remué dans les méninges comme le plat de haricot « couché » tord les boyaux, je m’en ouvris pet-être trop vite à toi. En témoigne, cet échange épistolaire en 140 caractères qui, aujourd’hui je dois te l’avouer, m’a laissé sur ma faim, un goût amère en bouche.

Qu’était donc cette fameuse « souuuauce » dont les hommes sont censés raffoler ?

En effet, quand tu affirmes

« Les hommes aiment les femmes avec beaucoup de sauce »,

j’ai envie de te contredire. Je suis actuellement au régime (les priorités, j’ai dit ), j’évite les sauces autant que je peux. On ne peut donc pas généraliser. Bref passons.

Du coup, quand tu lances la première strophe, tous poumons dehors je me dis : elle se rattrape bien. En fait, la chanson n’a rien à voir avec la diététique, écoutons sans modération. J’ai candidement pensé que tu parlais de relation de couple, de foyer  en référence à

« Ne mets pas ton doigt dans ma sauce hein
N’ajoute pas le sel dans ma sauce »

avec un soupçon de tobassi

« Ne prépare pas mon nom dans ta sauce
Voleuse de sauce, Gâteuse de sauce
Ne touche pas à ma sauce »

Et en as de la confusion, tu réussis à me dévier de cette première impression : en fait la sauce c’est la vie et ses problèmes. Je parviens à m’en convaincre quand je t’entends lancer

« La sauce qui pique à mort !
La sauce est chaud à mort ! »

En voilà une qui comprend nos difficultés quotidiennes à joindre les deux bouts, à manier la cravache et la carotte devant l’âne de nos finances. Ah Reniss, quelle fille pleine de sagesse et de compassion tu es !

Et puis, tel le beurre qui frémit dans la poêle, le doute vint napper le fond de bienveillance que je me pris à t’accorder. La vinaigrette a mal tourné à partir de ce que nos amis américains appellent le « bridge » (avouez que pont, ça a l’air un peu con posé là tout seul au milieu de nulle part) :

« Ça c’est la danse de la sauce (Ok !)
Lave les mains (Oui, normal !), tourne la langue (ah ouais, pourquoi pas ?), suce le doigt (si on est gourmet, oui ?)
Caresse le ventre (ça marche pour les gourmands), tourne les reins (pourquoi ? mais pourquoi ? On va tourner les reins pourquoi ?) »

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Ceci me ramena à la question du tout début : de quelle sauce parle-t-on exactement ?

Et enfin, ça m’arriva comme un kebab balancé en pleine poire : La sauce c’est donc … ! Noooooooon !!!

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C’est donc pour cela qu’elle dit « When soup don’t bole massa fufu no di pass » ! Traduction pour ceux qui ne sont pas camerounais intégrez-vous, je ne peux rien de plus pour vous: Quand il n’y a pas de sauce le pilon ne glisse pas. Tout est clair maintenant ?

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Merci d’éloigner les enfants, âmes sensibles, asthmatiques et autres asiatiques présidentiables (pardon, ne m’éPINGlez pas)

C’est à ce moment précis que je compris, restons dans les images culinaires, que tu étais une petite cochonne, chère Reniss. Je relançai la chanson le cœur battant tel le jus de tomate qui boue. Et j’eus un niveau de compréhension complètement différent.

En vérité, Reniss ta chanson est exactement à l’image de la sauce de chez nous, pleine d’ingrédients divers et variés, aux goûts savoureux. Autant chacun y trouve ce qui l’intéresse, de même chacun entendra ta chanson selon son niveau d’interprétation personnel de ce qu’est la fameuse sauce.

Ce mystère enfin résolu, il en reste un dernier que je ne puis me résoudre à terminer cette missive sans évoquer, mon ami Aphtal ne me le pardonnerais sans doute pas :

Pour ma part, je tiens à t’informer que pendant que je t’écrivais, l’eau a bouilli, j’étais prêt à ajouter les condiments dans la sauce préparation mais suite au sentiment de méfiance et de trahison qui me saisit quand je contemplai carottes, concombres et piments posés sur la planche, je finis par renoncer.

Ce soir pas de sauce, une petite bouillie nous fera grand bien.

 

Savoureusement,

Yann.

Epilogue :

Je le disais plus haut, il revient à chacun d’entendre dans la chanson de Reniss, ce  que son niveau de compréhension lui permet. Mais qu’il me soit accordé de dire une chose : en dehors de toute considération sémantique, musicalement « Le Piment dans la sauce » c’est une bombe ! Mettez de côté la voix de la chanteuse qui pique à mort, c’est le lieu de le dire et prenez le temps d’écouter les basses, les percussions, toute la richesse des musiques d’Afrique Centrale vous vient instantanément à l’oreille. Je vous mets l’audio ici pour ceux qui n’auraient pas encore goûté à la sauce. La vidéo c’est pour les adultes, mais je vous connais vous saurez trouver le chemin tous seuls.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’Episode 3 de la Saison 3 de The Blog Contest.

Découvrez ci-dessous le « grimba » de la sauce de :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

Le piment dans quelle sauce ?

La violence de couple: ce n’est pas écrit sur le front des gens. #TBCS4E2

Domestic Violence Photography
Source: http://www.seenthis.net

Décidément nous ne sommes pas gâtés par nos amis du forum du Blog Contest. Pour ce deuxième volet de la saison 4, le sujet choisi est roulement de tambours : la violence de couple. Mon esprit retord s’est contorsionné pour trouver une façon originale d’aborder le sujet. J’ai essayé l’humour et puis j’ai tôt fait de comprendre que si cela ne me faisait pas rire, cela ne ferait certainement rire personne, à raison.

Cela doit faire plus dix-huit mois maintenant, alors qu’avec un couple d’amis nous finissions un excellent repas à l’occasion des fêtes de fin d’année quand nous avons entendu cris et invectives. J’avoue que les relations de voisinage ce n’est pas mon fort. Je ne suis donc pas sorti voir ce qui se passait. Et pour être totalement franc, mes voisines ont tellement l’habitude de se crêper le chignon pour un oui ou un non, qu’une dispute de plus ne m’émouvait pas plus que cela. Ce n’est qu’en sortant raccompagner mes amis que je me suis rendu compte de l’ampleur des choses : un de mes voisins avait tiré la mère de ses enfants dehors et lui administrait une prodigieuse correction en pleine rue. La dame ne s’y est pas pliée en victime résignée, elle retournait les coups que son frêle physique lui permettait et mettait la gomme sur les injures. Scène surréaliste d’une violence qui se banalise.

Il y a encore quelques semaines ce thème ne m’aurait pas plus touché que cela. C’est en effet bien connu que tant qu’une réalité ne vous affecte pas vous ne l’appréhendez pas à sa juste mesure. Depuis, ma vision sur le sujet a beaucoup évolué, en grande partie parce qu’une amie extrêmement proche m’a raconté au détour d’un « Et puis Yann, tu sais il était d’une violence ! », ce que je n’aurais jamais soupçonné si je m’en étais tenu à son éternelle bonne humeur et son rire sonore. J’étais dans un premier temps tétanisé par la colère et la surprise qui ont tôt fait de laisser la place à une sorte de honte de n’avoir pas plus insister que cela lorsque ses « ça va » brefs venaient à la rencontre de mes « comment vas-tu ? ». Pour avoir vu son ancien compagnon à quelques reprises, je ne l’aurais jamais imaginé levant la main sur elle. Non, ce n’est pas écrit sur le front des gens.

D’abord, ce qu’il faut comprendre c’est que les violences dans les couples, le plus souvent dirigée contre la femme, se déroulent dans un huis-clos étouffant dont le silence est le saint gardien. Elle est souvent exercée par l’homme manipulateur qui enferme sa victime dans un cercle vicieux tissé de tensions surgissant de la cristallisation de la mauvaise humeur autour un sujet qui peut être banal, se poursuit inéluctablement par l’explosion violente et  brute, et se termine (et ce, de moins en moins à mesure que la violence se répète) par une phase de repentance/manipulation où il fait croire à la victime qu’elle est coupable de ce qui arrive. Et cette douloureuse réalité vous frôle au quotidien sans que vous ne vous en rendiez compte si je m’en tiens aux chiffres de l’OMS qui montrent que 41,6% des femmes en Afrique subsaharienne, et 65,5%  en Afrique centrale sont victimes de ces violences. Respectivement 4 et 7 femmes sur 10, vous vous rendez compte ?

Ensuite, quand on parle de violences conjugales, l’image qui nous vient en tête c’est directement le grand type musclé en sueur tabassant dans un accès de fureur sa compagne. Pourtant, cette terrible réalité peut embrasser des aspects plus subtils, plus perfides. Cette torture psychologique et verbale qui est exercée à coup de menaces, d’injures, de dénigrements sournois, de privations et qui aboutissement à l’assujettissement complet de la femme, la perte totale de sa confiance en soi, c’est de la violence aussi. Ce patriarcat qui offre tous les pouvoirs économiques à l’homme et oblige la femme à vivre à son crochet, l’accès extrêmement compliqué par les barrières traditionnelles, familiales, sociales, religieuses, politiques même à l’apprentissage, à un métier, à la propriété, c’est également de la violence d’une teneur parfois plus inouïe que les coups. On en parle si peu que les victimes ne prennent pas conscience de leur état. Et il n’est d’ailleurs pas rare de voir ces formes invisibles de violences se combiner et se greffer sur la violence physique

Et puis, vous l’aurez compris à la lecture de mon précédent billet que je suis un partisan de l’équilibre. Le thème stipule « violences de couple ». Je vais prendre un petit moment pour parler de ceux qui sont moqués par leurs congénères, vilipendés par les femmes : les hommes battus. Je ne suis pas parvenu à trouver de chiffres précis en ce qui concerne le continent africain, preuve du tabou et/ou du désintérêt qui entourent la question dans nos contrées. La société a tendance à considérer la violence exercée par des femmes sur des hommes comme une anomalie. Si exercer des violences contre une femme  a fini par passer dans le subconscient collectif comme une éventualité qui de temps à autre se fraye son chemin vers la réalité, voir un homme se faire battre oumalmener r par sa femme relève souvent de l’insolite et du sensationnel. Conscient du regard et des jugements, nombre de victimes se taisent, se terrent dans la honte et le déni. Il n’existe que trop peu de structures d’écoutes et de prise en charge des victimes masculines de violences conjugales (en comparaison des associations, structures, plans nationaux qui s’occupent des femmes dans le même cas)  et le chemin pour porter plainte est pavé de moqueries et de vexations. En France par exemple, là où 10 femmes sur 100 victimes de violences conjugales iront porter plainte, seuls 3 hommes sur 100 poseront le même acte. Ce n’est pas un juste retour des choses parce que d’où qu’elle vienne, la violence n’est pas acceptable.

Enfin, je vais conclure ce billet avec bout de la nuit des violences conjugales une lueur terne d’espoir. Il y a à peine une semaine, promenant ma chienne à un pâté de maisons de chez moi, j’ai été à nouveau témoin d’une scène absolument écœurante : un homme giflant à pleine main une femme qui n’était pas la sienne et qui portait son bébé dans ses bras. Elle est tombée et le bébé avec. N’écoutant pas les pleurs de son enfant, en se relevant elle a administré un coup de pied magistral dans l’entrejambe de son agresseur. Face à l’afflux des passants, l’homme a dû s’expliquer, justifiant son geste par le fait que la femme aurait corrigé son fils plus tôt dans l’après-midi. Je l’ai dit plus tôt la violence est injustifiable. Mais là où, je me suis abstenu d’intervenir c’est quand le toisant du regard, elle lui a répliqué : « Tu te sens fort, c’est pour cela que tu as levé la main sur moi, n’est-ce pas ? Je vais de ce pas au commissariat te ramener une convocation de police. Tu t’expliqueras avec des hommes qui sont aussi fort que toi ». Et depuis quelques années, même s’il y a encore des lacunes, la police togolaise ne passe plus sous silence ce genre de cas.

Nous connaissons tous ces femmes qui publiquement sont toujours en accord avec leur compagnon, portent toujours exactement le genre de tenues qui lui conviennent, sont totalement métamorphosées en présence de celui-ci, ces femmes qui même lorsqu’il fait extrêmement chaud, portent des tenues qui leur recouvrent intégralement le corps, ces femmes qui ne répliquent jamais à un dîner à leur mari qui fait des blagues franchement désagréables à leur égard, ces femmes qui portent des grandes lunettes même étant à  l’intérieur, ces femmes qui paniquent dès qu’elles voient le nom de leur compagnon s’afficher en appel entrant sur leur téléphone, ces copines qui s’empressent de rentrer après un SMS de leur chéri, ces amies qui disparaissent du jour au lendemain après s’être mises en couple avec un homme qui les isole de leur cercle d’amis. Ces femmes nous les côtoyons tous les jours. Je ne dis pas qu’elles sont forcément victimes parce qu’elles présentent un quelconque de ces signalements listés plus haut, mais si plusieurs de ces manifestations se produisent chez la même personne, POSONS LES BONNES QUESTIONS ET PRÊTONS L’OREILLE. Un drame se joue peut être sous nos yeux.

Pour finir, toutes les six heures, une Sud-Africaine meurt sous les coups de son compagnon. Chaque année, 47% des Kenyanes tuées le sont par un homme avec qui elles vivent. Une Marocaine sur deux est victime au quotidien de violences conjugales. [source]

Ce n’est pas écrit sur le front des gens.

A bientôt.

Yann.

PS : Je dédie ce post à celles que le silence ronge. A vous deux qui avez parlé.

Lisez les contributions sur le même thème de :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

 

La violence de couple: ce n’est pas écrit sur le front des gens. #TBCS4E2

Le tobassi ou pourquoi je ne mange pas de poisson. #TBCS4E1

Fresh Fish
Source: http://www.gea.com

Je voulais redonner du tonus à mon blog, je voulais de la motivation, je me suis donc inscrit au #TBC (The Blog Contest) il y a quelques semaines. Le défi consistant à écrire un article sur la base d’un thème proposé par les internautes du forum. Eh bien, pour le premier thème nous voilà  servis! Il s’agit du « tobassi »

Avez-vous déjà essayé de vous saisir d’une savonnette les doigts trempés à l’excès ?

C’est cet exercice hasardeux qui pousse les principales indexées à recourir à la pratique appelée « tobassi ». Évoquer les indexées n’est pas manquer de doigté, amis lecteurs tant la pratique est largement liée à la gente féminine sous nos cieux ensoleillés d’Afrique. Si tout comme moi vous n’êtes pas camerounais, alors le terme chantant de « tobassi » ne vous évoquera sûrement rien. La colonisation et la mainmise dont le #TBC est l’objet de la part de nos collègues blogueurs camerounais sera le sujet d’un prochain billet si Dieu me prête vie. Ekie !

Phénomène sociologique que les mauvaises langues disent répandu en Afrique subsaharienne, le  « tobassi » est une pratique d’envoûtement opérée par une femme (la plupart du temps) sur son compagnon, ou le prince charmant ciblé ayant pour but de soumettre ce dernier à son bon vouloir, le rendre docile, l’ »attacher » sentimentalement au propre comme au figuré. Ah je vois que le terme commence à vous parler. Quelqu’un va mourir moins bête ce soir… Amen !

 

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Connu sous divers vocables tous aussi poétiques les uns que les autres à travers l’Afrique, le phénomène est désigné au Bénin et au Togo par le terme de « Gbotemi », littéralement « écoute pour moi » dans le sens de « écoute ma voix, fais ce que je veux ». Non, je ne me balade pas avec un dico fon – français sur moi en permanence, merci. Un petit résumé de certains noms utilisés ici :

Ne croyant personnellement en ce genre de pratiques, j’ai dû me documenter un peu en parcourant le net afin de rédiger ce billet. La pêche a été plutôt bonne. Vous comprendrez dans la suite pourquoi je m’exprime en termes halieutiques. Au Cameroun d’où le terme vient et où il signifie « assieds-toi là », une des techniques les plus répandues consisterait à farcir la tête d’un poisson particulier appelé le kanga reconnu charnu, goûtu avec une préparation à base d’herbes dont je me réserve de diffuser les détails. Au risque de me répéter, oui c’est déjà le cas, je sais, je ne crois pas à ces choses mais je ne manquerai jamais de respect aux anciens. Qui est fou ? I mean, farcir la tête d’un poisson, quelle belle allégorie du bourrage de crâne ! J’ai eu aussi vent de techniques impliquant des lavages intimes, ou des poils pubiens ou de lion (les deux pouvant être la même chose), pour la confection de la farce.  « Allons seulement »… A peine la couleuvre pardon, la tête avalée que le pauvre gus se retrouve ferré comme… un poisson. Vous êtes étonnés par le sens de la répartie des génies de la forêt camerounaise, moi plus maintenant…

Une étude pratiquée par mes soins auprès d’un large échantillon de trois personnes on a les moyens qu’on peut m’a permis de dégager quelques raisons qui peuvent pousser une femme à recourir à de tels stratagèmes. La première, la plus évidente, celle qui va m’allier le soutien de toute la gente féminine et me jeter en pâture comme une tête de poisson à mes congénères bipèdes à trois pattes allez-y comprendre quelque chose c’est que de notoriété publique et depuis la nuit des temps « l’homme n’est pas fidèle ». Can I get a « Amen », my soul sisters ?

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En même temps, vu que mon échantillon était composé exclusivement de femmes, une telle réponse vous étonne ? Du fait donc l’infidélité des hommes d’après mon échantillon, certaines femmes ont recours à cette camisole de force mystique pour les garder à la maison. C’est radical mais paraît-il, ça marche! Enfin, un certain temps avant que le pauvre bonhomme ne se mette à ramper pathétiquement aux pieds de sa « vénérée maîtresse » (sa femme quoi, enfin vous m’avez compris).

Dans la même veine, et dans une ambiance concurrentielle accrue entre coépouses dans un foyer polygamique, le « tobassi » assure à la grande prêtresse, pas maîtresse, le statut tant convoité de favorite du monsieur qui a eu le malheur non seulement de laisser traîner ses yeux au deyor mais d’oser ramener des colitières celles qui partagent le lit, quoi à sa première épouse au sein du foyer. En général quand le gbass marche, toutes les autres ne voient plus le monsieur le soir, du coup elles retournent chacune chez son marabout pour procéder à un envoûtement qui pour être efficace doit surpasser, supplanter celui de la favorite. On se retrouve donc avec le pauvre mari multi-tobassié, le visage hématié, le corps anémié à force de satisfaire les désideratas nocturnes des unes et des autres. « Vous n’avez pas dit vous peut ? Voilà ça maintenant ! » criera-t-on dans les rues d’Abidjan.

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Source: http://www.euronews.com

La plus injuste des raisons, quoiqu’il n’y ait pas de justice en ce bas-monde,  me semble être la troisième. Tu plais à la « nga », elle aussi te plaît, vous commencez un bout de chemin ensemble, tu te dis comme dans la chanson de Josey que tu vas « étudier son comportement » un certain temps. Mais la sournoise a déjà son plan ! Étudiée sous toutes les coutures, multi-« blessée de guerre » comme on dit chez moi, elle n’a plus le temps de ton amusement! Pour te mettre définitivement le grappin dessus, elle va recourir au « tobassi ». Un petit repas concocté par ses soins, la mixture savamment distillée dedans et te voilà la bague au doigt, diplômé devant Dieu et devant les hommes. A qui la faute ? La pression sociale exercée sur les femmes à propos du mariage dans nos contrées? Les précédents examinateurs qui ont rejeté son dossier ? Ou toi qui l’étudie depuis plusieurs années sans te décider ?

Il y a derrière ce recours ultime au « tobassi » une foultitude de raisons aussi bien sentimentales que financières. Ne nous mentons pas, ce n’est pas un pauvre employé comme moi qu’on va cibler ! Plus le gus est « valable » plus la « nga » va dépenser chez le marabout pour l’attacher.

Dans mes lectures, ce seront sans doute les conséquences tragi-comiques qui me seront restées. J’ai le souvenir notamment de ce cas extrême où cette femme est devenue veuve deux ans après avoir recouru à cet artifice mystique sur son mari qui a eu pour effet secondaire de le rendre addict au sexe, décédé de fatigue physique, le bougre! Ou encore de ce mari déshumanisé qui suivait sa femme partout en répétant sans cesse « Oui, Madame ». A n’en pas douter, la pratique n’est pas sans conséquence sur le corps et le mental de ces messieurs.

Une chose me paraît cependant amusante dans tout ceci, c’est que les adeptes partent avec le postulat soit qu’elles aiment l’homme en question et ne souhaitent pas le partager, ou qu’elles sont prêtes à lier leur destin indéfiniment au sien. J’ai entendu parler de photos clouées sur des arbres dans la forêt équatoriale ou de cadenas jetés dans les flots. Que se passe-t-il le jour où elles tombent éperdument amoureuses d’un autre homme et que voulant convoler avec le cher et tendre, le compagnon marabouté, artificiellement attaché à la dame refuse de la laisser partir ? Dans l’impossibilité de retrouver l’arbre en question ou de récupérer le cadenas englouti par les eaux afin de libérer le pauvre diable, laisseront-elles passer la chance de leur vie ou prendront-elles l’option de la polyandrie ?  A new drama is coming…

 

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Pour finir ce billet et rétablir un peu l’équilibre, je me dois de dire qu’il existe notamment au Sénégal une pratique similaire au « tobassi » employée cette fois-ci par les hommes et qui consiste à endormir leurs épouses à coup de talismans renouvelables ou de fétiches portatifs, soit par jalousie, soit pour qu’elle ne fasse pas de scandale lorsqu’il prendra une nouvelle coépouse. Voilà, mesdames vous pouvez souffler, je vous avais dit que je ne manquerais pas de doigté.

Le tableau a l’air bien sombre, et pourtant tous les couples unis qui s’aiment en Afrique ne sont pas forcément liés par des forces occultes. L’amour est accessible, encore faut-il que les partenaires aient suffisamment confiance en eux-mêmes et aient le réflexe de recourir à la communication plutôt qu’aux officines des marabouts pour régler leurs problèmes.

Parlant de problèmes, je connais un bon moyen d’éviter le « tobassi », faites comme moi mangez de la viande. Le poisson, ça craint !

 

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Vous pouvez retrouver les billets de mes collègues ci-dessous :

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Obone

Christian

Leyo

Elie 

Le tobassi ou pourquoi je ne mange pas de poisson. #TBCS4E1