La violence de couple: ce n’est pas écrit sur le front des gens. #TBCS4E2

Domestic Violence Photography
Source: http://www.seenthis.net

Décidément nous ne sommes pas gâtés par nos amis du forum du Blog Contest. Pour ce deuxième volet de la saison 4, le sujet choisi est roulement de tambours : la violence de couple. Mon esprit retord s’est contorsionné pour trouver une façon originale d’aborder le sujet. J’ai essayé l’humour et puis j’ai tôt fait de comprendre que si cela ne me faisait pas rire, cela ne ferait certainement rire personne, à raison.

Cela doit faire plus dix-huit mois maintenant, alors qu’avec un couple d’amis nous finissions un excellent repas à l’occasion des fêtes de fin d’année quand nous avons entendu cris et invectives. J’avoue que les relations de voisinage ce n’est pas mon fort. Je ne suis donc pas sorti voir ce qui se passait. Et pour être totalement franc, mes voisines ont tellement l’habitude de se crêper le chignon pour un oui ou un non, qu’une dispute de plus ne m’émouvait pas plus que cela. Ce n’est qu’en sortant raccompagner mes amis que je me suis rendu compte de l’ampleur des choses : un de mes voisins avait tiré la mère de ses enfants dehors et lui administrait une prodigieuse correction en pleine rue. La dame ne s’y est pas pliée en victime résignée, elle retournait les coups que son frêle physique lui permettait et mettait la gomme sur les injures. Scène surréaliste d’une violence qui se banalise.

Il y a encore quelques semaines ce thème ne m’aurait pas plus touché que cela. C’est en effet bien connu que tant qu’une réalité ne vous affecte pas vous ne l’appréhendez pas à sa juste mesure. Depuis, ma vision sur le sujet a beaucoup évolué, en grande partie parce qu’une amie extrêmement proche m’a raconté au détour d’un « Et puis Yann, tu sais il était d’une violence ! », ce que je n’aurais jamais soupçonné si je m’en étais tenu à son éternelle bonne humeur et son rire sonore. J’étais dans un premier temps tétanisé par la colère et la surprise qui ont tôt fait de laisser la place à une sorte de honte de n’avoir pas plus insister que cela lorsque ses « ça va » brefs venaient à la rencontre de mes « comment vas-tu ? ». Pour avoir vu son ancien compagnon à quelques reprises, je ne l’aurais jamais imaginé levant la main sur elle. Non, ce n’est pas écrit sur le front des gens.

D’abord, ce qu’il faut comprendre c’est que les violences dans les couples, le plus souvent dirigée contre la femme, se déroulent dans un huis-clos étouffant dont le silence est le saint gardien. Elle est souvent exercée par l’homme manipulateur qui enferme sa victime dans un cercle vicieux tissé de tensions surgissant de la cristallisation de la mauvaise humeur autour un sujet qui peut être banal, se poursuit inéluctablement par l’explosion violente et  brute, et se termine (et ce, de moins en moins à mesure que la violence se répète) par une phase de repentance/manipulation où il fait croire à la victime qu’elle est coupable de ce qui arrive. Et cette douloureuse réalité vous frôle au quotidien sans que vous ne vous en rendiez compte si je m’en tiens aux chiffres de l’OMS qui montrent que 41,6% des femmes en Afrique subsaharienne, et 65,5%  en Afrique centrale sont victimes de ces violences. Respectivement 4 et 7 femmes sur 10, vous vous rendez compte ?

Ensuite, quand on parle de violences conjugales, l’image qui nous vient en tête c’est directement le grand type musclé en sueur tabassant dans un accès de fureur sa compagne. Pourtant, cette terrible réalité peut embrasser des aspects plus subtils, plus perfides. Cette torture psychologique et verbale qui est exercée à coup de menaces, d’injures, de dénigrements sournois, de privations et qui aboutissement à l’assujettissement complet de la femme, la perte totale de sa confiance en soi, c’est de la violence aussi. Ce patriarcat qui offre tous les pouvoirs économiques à l’homme et oblige la femme à vivre à son crochet, l’accès extrêmement compliqué par les barrières traditionnelles, familiales, sociales, religieuses, politiques même à l’apprentissage, à un métier, à la propriété, c’est également de la violence d’une teneur parfois plus inouïe que les coups. On en parle si peu que les victimes ne prennent pas conscience de leur état. Et il n’est d’ailleurs pas rare de voir ces formes invisibles de violences se combiner et se greffer sur la violence physique

Et puis, vous l’aurez compris à la lecture de mon précédent billet que je suis un partisan de l’équilibre. Le thème stipule « violences de couple ». Je vais prendre un petit moment pour parler de ceux qui sont moqués par leurs congénères, vilipendés par les femmes : les hommes battus. Je ne suis pas parvenu à trouver de chiffres précis en ce qui concerne le continent africain, preuve du tabou et/ou du désintérêt qui entourent la question dans nos contrées. La société a tendance à considérer la violence exercée par des femmes sur des hommes comme une anomalie. Si exercer des violences contre une femme  a fini par passer dans le subconscient collectif comme une éventualité qui de temps à autre se fraye son chemin vers la réalité, voir un homme se faire battre oumalmener r par sa femme relève souvent de l’insolite et du sensationnel. Conscient du regard et des jugements, nombre de victimes se taisent, se terrent dans la honte et le déni. Il n’existe que trop peu de structures d’écoutes et de prise en charge des victimes masculines de violences conjugales (en comparaison des associations, structures, plans nationaux qui s’occupent des femmes dans le même cas)  et le chemin pour porter plainte est pavé de moqueries et de vexations. En France par exemple, là où 10 femmes sur 100 victimes de violences conjugales iront porter plainte, seuls 3 hommes sur 100 poseront le même acte. Ce n’est pas un juste retour des choses parce que d’où qu’elle vienne, la violence n’est pas acceptable.

Enfin, je vais conclure ce billet avec bout de la nuit des violences conjugales une lueur terne d’espoir. Il y a à peine une semaine, promenant ma chienne à un pâté de maisons de chez moi, j’ai été à nouveau témoin d’une scène absolument écœurante : un homme giflant à pleine main une femme qui n’était pas la sienne et qui portait son bébé dans ses bras. Elle est tombée et le bébé avec. N’écoutant pas les pleurs de son enfant, en se relevant elle a administré un coup de pied magistral dans l’entrejambe de son agresseur. Face à l’afflux des passants, l’homme a dû s’expliquer, justifiant son geste par le fait que la femme aurait corrigé son fils plus tôt dans l’après-midi. Je l’ai dit plus tôt la violence est injustifiable. Mais là où, je me suis abstenu d’intervenir c’est quand le toisant du regard, elle lui a répliqué : « Tu te sens fort, c’est pour cela que tu as levé la main sur moi, n’est-ce pas ? Je vais de ce pas au commissariat te ramener une convocation de police. Tu t’expliqueras avec des hommes qui sont aussi fort que toi ». Et depuis quelques années, même s’il y a encore des lacunes, la police togolaise ne passe plus sous silence ce genre de cas.

Nous connaissons tous ces femmes qui publiquement sont toujours en accord avec leur compagnon, portent toujours exactement le genre de tenues qui lui conviennent, sont totalement métamorphosées en présence de celui-ci, ces femmes qui même lorsqu’il fait extrêmement chaud, portent des tenues qui leur recouvrent intégralement le corps, ces femmes qui ne répliquent jamais à un dîner à leur mari qui fait des blagues franchement désagréables à leur égard, ces femmes qui portent des grandes lunettes même étant à  l’intérieur, ces femmes qui paniquent dès qu’elles voient le nom de leur compagnon s’afficher en appel entrant sur leur téléphone, ces copines qui s’empressent de rentrer après un SMS de leur chéri, ces amies qui disparaissent du jour au lendemain après s’être mises en couple avec un homme qui les isole de leur cercle d’amis. Ces femmes nous les côtoyons tous les jours. Je ne dis pas qu’elles sont forcément victimes parce qu’elles présentent un quelconque de ces signalements listés plus haut, mais si plusieurs de ces manifestations se produisent chez la même personne, POSONS LES BONNES QUESTIONS ET PRÊTONS L’OREILLE. Un drame se joue peut être sous nos yeux.

Pour finir, toutes les six heures, une Sud-Africaine meurt sous les coups de son compagnon. Chaque année, 47% des Kenyanes tuées le sont par un homme avec qui elles vivent. Une Marocaine sur deux est victime au quotidien de violences conjugales. [source]

Ce n’est pas écrit sur le front des gens.

A bientôt.

Yann.

PS : Je dédie ce post à celles que le silence ronge. A vous deux qui avez parlé.

Lisez les contributions sur le même thème de :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

 

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La violence de couple: ce n’est pas écrit sur le front des gens. #TBCS4E2

23 réflexions sur “La violence de couple: ce n’est pas écrit sur le front des gens. #TBCS4E2

  1. C’est très bien écrit et comme tu dis c’est un sujet important. Rompre le silence demande un immense courage. Et puis on est parfois confronté aux gens qui ne vous croient pas ou à ceux qui minimisent cet acte horrible. Merci à toi pour ce billet…

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    1. Le plus terrible ce sont ceux qui te disent « Ce sont des choses qui arrivent dans un couple. Tu vas le/la quitter pour ça ? » Merci d’être passée par ici. C’est toujours un image plaisir d’avoir le regard d’une pointure comme toi ! 😊

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  2. Ewaaaaaa, ce n’est vraiment pas écrit sur le front des gens. Mais on ne parle pas assez , je trouve de la nécessité de la faire stopper, de partir, c’est comme si on devait toujours trouver un compromis, et c’est bien dommage.

    Aimé par 1 personne

  3. Belle plume comme d’habitude.
    Et oui, les violences au sein d’un couple, ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça se passe parfois si près de chez nous que nous avons du mal à le voir tout simplement parce qu’on se contente des apparences. C’est bien d’avoir relevé les caractéristiques autres que celle physique de la violence. J’avoue même que là j’ai un peu honte de moi parce que parfois j’ai de ces comportements… et sans doute que je fais du mal sans le savoir ; mais c’est décidé je vais me corriger.
    Bravo. C’est toujours un plaisir de te lire.

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  4. Gerlich dit :

    Ceci n´est pas une réponse, mais une pensée

    « A celles qui sont déjà prises
    Et qui, vivant des heures grises
    Près d’un être trop différent
    Vous ont, inutile folie,
    Laissé voir la mélancolie
    D’un avenir désespérant

    Chères images aperçues
    Espérances d’un jour déçues
    Vous serez dans l’oubli demain
    Pour peu que le bonheur survienne
    Il est rare qu’on se souvienne
    Des épisodes du chemin
    En savoir plus sur http://www.paroles.net/georges-brassens/paroles-les-passantes#byCfmcWUWvtwLhqW.99

    Brigitte et Frank, tes admirateurs de loin

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  5. En effet cette violence n’épargne personne. La violence vis à vis des anecdotes est c’est vrai anecdotique à la limite c’est comme une mauvaise blague et je conçois quen parler soit humiliant vu que on piétine la toute puissance du phallus…

    Une chose demeure cependant il faut en parler. Personne ne mérite d’être humilié

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  6. Hello Yann !

    Etant plus disponible, je reviens à la lecture de tes articles (ça va, ton rythme de publication ne s’est pas accéléré outre mesure… 😉 ).

    En effet, « tant qu’une réalité ne vous affecte pas vous ne l’appréhendez pas à sa juste mesure ». C’est aussi pour cela qu’un leucoderme (j’en suis un) ne comprendra jamais le racisme subi par les racisé-e-s. Il ne le vit pas ! Quand au racisme anti-blanc, je me gausse…

    Bref…

    Revenons à ton article, que dire ? Pas mieux ! 😉

    « …ma chienne à un pâté de maisons » : entre le pâté et la pâtée, tu m’as fait rire !

    Au plaisir de te lire !

    Christian

    Aimé par 1 personne

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