Je suis venu te dire que je m’en vais

 

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Alors que je te trouve assise là, désespérée, cheveux éparpillés sur ton visage en larmes, j’ai un pincement au cœur, mais je dois à nos années d’amour et  à nos nuits sans sommeil la vérité claire et définitive. Je sais que tu sais. Et tu sais que je sais que tu sais. Épargnons-nous la peine de la dispute de trop, celle où on parle à l’excès et où on ne dit que si peu, celle où embrasés par le feu de nos rancœurs, nos cœurs s’épanchent en bile et invectives.

Je sais que tes doutes se sont confirmés, que les rumeurs se sont faites grand bruit et que tu en es devenue sourde à mes piètres tentatives de te corrompre à nouveau. Oui tout ce qui se racontait sur moi était vrai. Aussi vrai que ton compte est vide et le mien plein. Aussi vrai que tu es un ange et moi un vil démon.

Tu offrais et je prenais, tu avais des désirs que je comblais. J’étais nécessiteux et tu me donnais, je n’avais aucune perspective et tu m’ouvrais de grands horizons faits de luxure et de volupté. Autant que les narines ont besoin d’air frais, j’avais besoin de cet argent dont tu m’arrosais, sans compter. Mais moi j’additionnais, multipliais les sommes à te soustraire. Je n’ai pas envie de me lancer dans cette diatribe miséreuse où je te raconte une enfance malheureuse, histoire d’attendrir un cœur que mes excès ont fini par durcir. Je ne veux pas te raconter les tourments que j’ai traversés et qui m’ont fait choisir ce chemin de la facilité avec toi. Tu l’as dit, je suis un beau salaud. Personnellement, j’aurais dit pire, mais tu es tellement meilleure que moi…

Mais vois-tu, l’argent suffit un moment, il étouffe un instant le cri profond de l’être qui réclame quelque chose de plus grand. Il ne peut malheureusement pas l’éteindre et un jour la quête reprend. Tes copines ont dû te raconter avec qui elles m’ont vu. Tu connais sans doute sa position, mais tu ne sais pas qui elle est en vérité. Tu ignores tout de ce qu’elle me fait ressentir quand nous sommes ensemble. Tu ne connais rien de cette timidité soudaine qui m’envahit quand elle me fixe de ses yeux ténébreux et malicieux. Si tu pouvais juste imaginer comment mon cœur se gonfle de joie quand elle sourit et que toute la clarté mélodieuse de l’univers s’entend dans sa gorge qui rit. J’aurais voulu ressentir tout ceci avec toi, je te jure que c’est vrai. Je te devais bien cela après tout ce que tu as fait pour moi. Je n’y suis jamais arrivé et je te demande pardon d’avoir joué cette comédie lugubre qui avait des accents d’amour sans en avoir la coloration. Je ne suis pas désolé d’avoir joué, je m’en veux juste que tu aies perdu.

La vérité c’est que je suis venu te dire que je m’en vais. Ne m’indique pas le chemin, je ne le connais que trop bien. Ne pleure pas. Je sais que tu n’en as cure mais je préfère garder le souvenir de ton visage rayonnant. Celui que tu avais quand tu pensais encore que ce mensonge était vrai. La vie m’emporte loin de toi, c’est assurément mieux ainsi.  Tes larmes chaudes n’effaceront rien du mal que je te fais je le réalise, j’espère juste qu’ils étancheront un tant soit peu ta soif de « pourquoi ».

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Voilà, moi aussi je suis venu vous dire que je m’en vais. Ce post était le dernier du The Blog Contest (TBC) auquel j’ai eu l’immense plaisir et l’insigne honneur de participer depuis Juillet 2016. Le thème sur lequel nous devions écrire était: « Finances dans le couple: du matérialisme masculin au gigolotisme ». J’aimerais remercier chacun de ceux par qui cette formidable aventure a été rendue possible, tous ceux qui ont cru en mon talent et m’ont permis d’y participer en votant pour ma candidature. Les autres challengers le confirmeront, certains thèmes ont été pour nous de véritables casse-têtes. Nous avons cependant eu un plaisir certain à vous laisser découvrir nos univers respectifs à travers nos écrits. Le TBC a été une occasion d’échanges et de rencontres. Cela a été pour moi, au-delà une immersion parmi la communauté camerounaise. J’en retiens le meilleur, les fous-rires et les instants entre challengers où nous avons rigolé comme des gamins dans le groupe Whatsapp, à se taquiner jusqu’à pas d’heure. La vérité c’est que je suis déjà nostalgique de cette belle aventure. Je vous remercie d’avoir suivi les crissements de ma plume sur les feuilles de ce blog.

C’est la fin de l’année. Je m’en vais vous souhaiter chers lecteurs par anticipation de très belles festivités de Noël et une excellente année 2017. Tout n’a sans doute pas été parfait cette année mais si Dieu le veut, la vie nous offrira tous en 2017 la possibilité de nous améliorer, de faire plus, de faire mieux. Tous mes vœux de parfaite santé et de bonheur véritable à chacun de vous et à tous ceux que vous aimez.

Yann.

Lisez le dernier article de cette formidable troupe de saltimbanques ici :

Arsène, mon rival

Christian, le dangereux

Elie, le discret,

Leyo, mon coup de cœur (Ma’a, I’m gonna miss you !)

Obone, ma passagère

J’ai un peu de mal à terminer cet article entre les flots de souvenirs et d’émotions. C’est bête d’être émotif pour si peu mais je sais que ce post représente un tournant parce que c’est probablement le dernier de ce blog. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

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Je suis venu te dire que je m’en vais

Comme un homme mon fils, comme un homme !

« Sois courageux, comme un homme mon fils! » Je lance la phrase alors que j’essaie de réconforter mon fils pendant sa circoncision (sous anesthésie locale svp! On n’est quand même pas des sauvages!). Je lance la phrase et je m’interroge. C’est l’archétype des phrases dépourvues de sens avec lesquelles mon esprit retord a toujours eu du mal. C’est quoi agir comme un homme? Surtout aujourd’hui? Surtout quand on sait que les hommes ne connaîtront jamais les douleurs de l’accouchement, même si avec les progrès de la science on ne sait jamais…,  quand on sait que les hommes en grandissant gardent leurs réflexes de post-ados puérils; on veut la plus grosse bagnole, la plus grosse maison comme si l’obsession de la  grosseur était une réminiscence de celle de leur phallus. Au fin fond des interrogations, la vraie question préoccupation c’est: ETRE UN HOMME C’EST QUOI ? Je n’ai pas la prétention de répondre à cette question, même si dans un accès virilité j’aurais pu m’attaquer au challenge!

J’ai eu la chance de grandir entre deux figures masculines qui ont fortement marqué ma personnalité et la perception que je pouvais avoir de la masculinité: mon père et mon frère aîné. Ce sont les deux hommes sur lesquels je me suis sois construit ou contre qui je me suis parfois construit.

Mon père a été pour moi un grand homme même si la nature ne l’a pas pourvu des centimètres qu’il méritait, et de loin! Si aujourd’hui, il a rejoint la Maison du Silence, je garde de lui le souvenir d’un père constamment préoccupé par le bien-être de ses enfants. Il s’y afférait tant qu’il en oubliait de nous donner aussi de l’affection. C’était un homme de cette génération qui ne trouvait pas très viriles les démonstrations d’affection envers les enfants. Mais à sa manière il savait prouver son amour et c’était bien là l’essentiel. Ce qu’il nous aura transmis de plus marquant c’est surtout le sens des valeurs. Protéger sa famille et l’honneur familial, savoir faire bonne figure en public, s’acquitter de son devoir et de ses promesses, rester honnête et droit malgré la tentation de la facilité, ce sont autant de valeurs qu’aujourd’hui encore j’essaie de m’appliquer au quotidien et que j’attends que mon propre fils ait l’âge de comprendre pour lui transmettre.

De l’autre côté, il y a mon frère. Un garçon qui a grandi entre deux sœurs et qui a longtemps été « l’héritier » comme disait son père. Héritier, jusqu’au drame: la naissance d’un autre garçon en plein pendant sa crise d’adolescence. Je vois d’ici le tableau…pas facile pour lui. Cela n’a jamais facilité les rapports entre nous, ni entre eux d’ailleurs. Du coup mon frère m’a souvent mis au défi de le surpasser en tout. Je me rappelle encore de ce concours de jonglage. C’est mon frère qui m’a appris à jongler. Et tout se passait bien jusqu’au jour où je l’ai battu à cet exercice! J’ai dû aller me réfugier dans les jupes de ma mère pour échapper à sa fureur. C’est un exemple parmi tant d’autres où voulant à tout prix prouver à mon frère que je ne lui étais pas inférieur je suis arrivé à des résultats plus que satisfaisants pour mon petit ego. A part ces moments de tensions, Dieu sait qu’il y en a eu tellement que je n’aurais pas assez de place dans ce blog pour les raconter, il y a eu ces moments, ces phrases qui m’ont décidé à faire des choix: suivre ou m’opposer.

Du coup pour moi aujourd’hui, être un homme réside plus dans les valeurs qu’on porte avec soi, les choix qu’on fait que dans des émanations de testostérone qui révèlent bien souvent un mal-être et une insécurité profonde, ou la capacité à retenir les larmes ou à faire face à la douleur. Pour moi, un homme peut pleurer, un homme doit avoir peur (sinon, il ne connaîtra jamais les limites qu’il doit dépasser), un homme doit se remettre en cause, il ne sait pas tout, tout le temps et de ce fait, ne peut avoir raison ad vitam aeternam (Yesu, j’ai réussi à placer une location latine). Un homme ne se définit pas seulement par ce qu’il peut faire mais aussi par ce qu’il ne fait pas: ne pas porter main à sa femme, ne pas se comporter comme un énergumène devant ses enfants, ne manquer à aucun de ses devoirs. C’est aussi ça être un homme. Enfin, ce n’est que mon avis. Si dans nos sociétés africaines, la pression est forte sur les jeunes filles, notamment en ce qui concerne ce qu’on appelle pudiquement « préserver sa dignité », elle n’en est pas moins forte sur les garçons qui doivent en toute circonstance démontrer virilité, masculinité et capacités. Dieu seul sait les frustrations et les traumatismes qui en résultent.

Et quand à l’enterrement de mon défunt père, alors que le cercueil descendait inexorablement dans la tombe, quelques larmes ont voulu m’échapper, j’entends encore cette voix familière qui me disait « Un homme ne pleure pas »… J’avais treize ans, et de n’avoir pas pu pleurer, j’en ai mal aux yeux jusqu’à aujourd’hui. Eduquons nos garçons à devenir des hommes qui font face à leurs contradictions, à leurs peurs et surtout à leurs responsabilités. N’élevons pas seulement des montagnes de muscles et des murs de glace.

Comme un homme mon fils, comme un homme !