Profession: J’aimeur compulsif

facebook_like_butonJ’adore commencer mes posts par une réflexion d’ordre général. Mon prof me l’a enseigné et comme je suis bon élève je garde les bonnes habitudes.

 

Les réseaux sociaux ont de façon définitive modifié le rapport que chacun a aux autres. Mon prof aurait détesté un début d’intro aussi « banal et sans relief ». Je suis un bon élève mais j’adore contredire aussi. Alors je disais que grâce à Facebook, Twitter et autres confrères, notre façon d’appréhender l’autre a changé. L’autre ce n’est plus la jolie go dont j’attendais le passage au coin de la rue avant d’aller en cours (quitte à être en retard). L’autre ce n’est plus le petit frimeur qui déclare: »Si vous nous marquez encore un but, je rentre à la maison avec mon ballon tout neuf que Papa m’a ramené de France ». Souvenir d’enfance. L’autre aujourd’hui, c’est une photo de profil aguichante, 135 partages par jour, 2 posts à peine compréhensibles (du moins pour la petite tête que je suis), sans oublier la photo du vendredi pour vous dire à quel point il est content que le weekend commence. Le genre de trucs qui te tapent sur le système parce que toi tu bosses le samedi…mais ça tout le monde s’en fout!

 
Ce microcosme bien pensant et bien intentionné, même parfois trop attentionné est peuplé d’êtres fabuleux (on dirait une phrase sortie tout droit de Zelda ou d’Harry Potter), au rang desquels tu trouves le « j’aimeur » compulsif. Le J’aimeur Compulsif, en majuscule svp, il ne poste presque jamais rien, mais tu postes « je suis triste », il aime, tu postes « ma grande-tante vient de se casser le col du fémur » il aime piam! Jusque là je vous vois sourire doucement. Ca va rigoler moins dans la suite. Il y a une prise d’otage au Kenya (tu vois tu rigoles déjà moins), tu reprends l’article d’un grand journal français histoire de jouer la grosse tête avec ton petit message de compassion, histoire de te montrer concerné, il aime aussi. Chez le J’aimeur Compulsif, l’acte n’est pas réfléchi. Quand il allume son Facebook, les centres nerveux qui traitent la décision sont mis sur OFF. Deux centres restent cependant actifs: celui qui traite la vision et celui qui contrôle uniquement l’index droit. Entre nous, qu’a-t-il à faire du reste? Il est là pour j’aimer. 
 
Le j’aimeur compulsif pourrait passer aisément pour un doux dingue s’il n’avait pas sa faculté exceptionnelle de mémorisation. C’est ça qui le rend dangereux! Malheur à toi si tu le rencontres en ville accroché au bras d’une fille alors que tu es passé sur Facebook de « En couple » à « C’est compliqué » dans la semaine. Il se fait un devoir de saluer ton bonheur retrouvé: « Dis donc, les choses se sont vite arrangées, chui trop content pour vous! » C’est là que la go roule de gros yeux de merlan frit, elle n’a rien capté (ce n’était pas d’elle que tu parlais sur ton Facebook), toi non plus d’ailleurs jusqu’au moment où la tête du j’aimeur te revient dans la gueule comme un boomrang! A ce moment, tu as à peine le temps d’esquisser un rire jaune, qu’il a déjà disparu dans la foule, fier d’avoir accompli son forfait!
 
Tu ne connais sûrement pas tous tes amis sur les réseaux sociaux (allez avoue que tu ajoutes des gens que tu ne connais pas!), mais le j’aimeur compulsif tu finis par le connaître parce qu’il s’est loué un petit boulevard dans ta timeline. Tu le vois partout et tout le temps, mais rassure-toi il te voit aussi. Il est près à tout liker, jusqu’à l’image obscène du petit Somalien affamé dont le vautour attend la mort pour le dévorer. Toi, poste seulement!
 
Mais en même temps, chaque habitant d’un microcosme a toujours une une certaine utilité à défaut d’avoir une utilité certaine. Le j’aimeur compulsif c’est souvent ton dernier recours quand tu cherches la vidéo, la photo, l’article dont tout le monde parle et que par le plus grand des hasards tu as raté, toi. Il est une sorte de mémoire du réseau lorsque honteux de gaspiller autant le temps de travail que tu dois à ton employeur, tu te dis « c’est bon je me déconnecte ». Tu n’es pas très inquiet, ton live recorder enregistre tout! Quand tu consens à faire un peu d’effort, tu te retrousses les manches et tu fouilles sa timeline, tu comprends pourquoi on a traduit le terme en français (timeline) par « Journal ». Jette un œil à son profil et tu as un journal fidèle de tout ce qui s’est passé en ton absence! Utile ou pas?
 
Tout le monde a au moins un j’aimeur compulsif parmi ses amis. Certains adorent les détester, moi je les adore tout court parce qu’il font ce que je n’ai pas le temps de faire bien souvent: donner l’impression à chacun qu’il est important; qu’on a lu, vu, écouté ce qu’il a posté et qu’on l’approuve. En somme le j’aimeur compulsif est une sorte free hugger (?) version 2.0. Que voulez-vous, il faut bien que quelqu’un lise vos 135 partages par jour et 2 posts à peine compréhensibles! Mais comme mes bras ne sont pas tout aussi grands et que je ne peux pas embrasser tout le monde, je distribue parcimonieusement mes « j’aime ». Le like n’est pas un acte aussi anodin qu’on croit, il dit quelque chose de toi et de moi. J’ai coutume de plaisanter en disant que c’est un acte hautement politique que d’appuyer sur j’aime!
 
NOTA: Je vais partager ce post sur Facebook, tu auras envie de « j’aimer », je le sais! N’hésite pas, ce n’est pas parce que tu « j’aimes » un article sur les « j’aimeurs » compulsifs que tu es un gêneur! lol
 
NOTA 2: Bande son écoutée pendant que j’écrivais l’article: 

Enjoy

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Profession: J’aimeur compulsif

8 réflexions sur “Profession: J’aimeur compulsif

  1. TMO dit :

    et ben ça alors!! tu écris un article que je pensais écrire mais avec des mots plus justes. Le j’aimeur compulsif me saoule! on me dit asociale alors je me suis rabâché sr les réseaux sociaux pr montrer qu’au fait je peux supporter les gens mais non! le j’aimeur compulsif est tt ce que je déteste! hey t’as oublié. Le j’aimeur névrosé a tendance à ajouter en commentaire « nice pic » ss ttes les photos de profil de ses amis facebook…aussi moche que soit cette pdp!!! arrrghhh—>je sors (parait-il que je ne suis pas de bne humeur aujourd’hui)

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  2. bulldegum dit :

    « L’autre n’est plus la jolie go dont j’attendais le passage au coin de la rue avant d’aller en cours »

    Pour ma part, je l’attendais à son retour des cours. Ce qui me donnait assez de temps pour lui faire afficher ce sourire dont je ne pouvais me passer. On se croisait par accident, les soirs à « 17 h 22 » à son retour, 4 fois par semaine (à 5, j’aurais été suspect :D). On en rigole encore aujourd’hui.

    Pour en revenir aux réseaux sociaux, l’on a beau dire qu’on est immunisé contre la « déprime » due à l’absence de J’aimes, qu’on a une forte estime de soi, ça fait toujours son effet, quand nos amis likent (oui j’ai osé) et commentent nos publications.
    Donc, vis-à-vis de tous ceux qui me sont très chers, et qui sont présents sur Facebook, (une dizaine environ) je suis un J’aimeur compulsif (lorsque la publication ne me dérange pas). Comme précisé dans l’article, une façon ou une autre de leur montrer leur importance.
    Pour le reste, je suis assez invisible sur la toile.
    Ah, et avec les nouveaux boutons Facebook, le J’aimeur compulsif est entré dans une nouvelle ère, bien plus proche et en phase avec ses likés.

    Aimé par 1 personne

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