Vous êtes juge, jugez donc !

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Source: lexpress.fr

Monsieur le Juge, je n’ai pas besoin d’avocat. Vous avez déjà prévu de me manger tout cru, de toute façon. Si je dois aller croupir en taule quelques semaines autant épargner à mes finances, si tant est que posséder quelques pièces en poche puisse s’appeler ainsi, la douleur de payer un quelconque filou pour qu’il vous dise ce que vous ne voulez pas entendre et me dise à moi, dans un langage que je ne comprends pas, que la société pense que je suis une vermine sur laquelle, elle a tôt fait de marcher sans se retourner.

Votre honneur, j’étais là. Oui j’avais un pavé à la main quand ils m’ont arrêté. Je ne veux pas manquer de respect à ce tribunal, je dis donc qu’ils m’ont arrêté. La vérité c’est que j’ai été coursé comme un lapin, molesté comme un esclave, tabassé comme un voleur. Mais comme ces Messieurs sont en uniforme bleu, cette conduite est socialement acceptable. J’aurais fait la même chose torse et pieds nus, le qualificatif de sauvage, de brigand m’aurait été accolé sans que cela n’émeuve personne dans cet auditoire. L’habit fait-il alors le moine ? Puisque vous êtes ici pour cela, jugez donc !

Même si je passe sous silence nombre de coups et de tortures qui m’ont été infligés durant ces quelques jours qui séparent mon arrestation et de ce jour où vous allez décider de mon sort, je le dois à mes parents ici présents d’affirmer devant tous que je ne suis ni un « batard » ni un « mal élevé ». Comme la majorité des enfants de cette nation j’ai été élevé par des parents qui avaient à cœur de me transmettre les valeurs de respect et de bonne moralité. Mais quand après le bac, tu te retrouves à faire le zémidjan pour t’en sortir alors que les camarades moins doués multiplient les stages dans les grandes entreprises de Lomé, les bons principes, ça te sort pas le nez. Vous ne mesurez sans doute pas la violence que constitue cet ascenseur social bloqué pour nous autres alors qu’il fonctionne à plein régime pour ceux dont les parents ont les bons contacts.

Certes, cela ne justifie pas tout ce qui s’est passé à Awatamé le mois passé. Qui pourrait rester impassible face à un tel déferlement de violence ? Ne vous y trompez pas, Monsieur le juge, je ne suis pas ici pour faire amende honorable. J’attends votre condamnation avec sérénité même. Je suis ici pour avoir des réponses puisque personne ne veut jamais répondre aux citoyens de ce pays. Où était la justice lorsque la petite Virginie a été fauchée par le fils passablement éméché d’un des cadres du parti au pouvoir et qu’on l’a retrouvé en ville à faire la java la semaine qui a suivi ? Pourquoi le directeur exécutif d’une des grandes banques de la place continue à dormir sur ses deux oreilles alors que les témoignages au sujet des attouchements auxquels il s’est livrés sur des mineurs continuent à s’accumuler comme les ordures au bord de la lagune de Nyékonakpoè ? Quel juge a enquêté sur la fortune du Ministre Tout Puissant qui possède une villa de luxe dans chaque quartier de la capitale ? La justice n’est donc pas pour tous, uniquement contre certains ?

Voyez-vous votre Honneur, c’est la violence qui engendre la violence. Mes camarades et moi n’avons pas mauvais fond. Le petit Ousmane qui a été tabassé à mort par les forces de l’ordre parce qu’il vendait de l’essence frelatée, nous le connaissions tous. Il rendait service à tout le monde au quartier. Quand nous devions affronter les équipes des autres quartiers, nous étions rassurés de l’avoir dans nos rangs parce qu’Ousmane était le meilleur d’entre nous. Dans d’autres circonstances, sous d’autres cieux, il ne lui serait jamais venu à l’esprit de vendre cette essence qui ronge les doigts pour subvenir aux besoins de sa mère aveugle et de ses deux sœurs cadettes. Ailleurs, Ousmane aurait vécu de son talent. Voir le corps inerte de ce jeune homme abandonné à même la chaussée et la brigade de police s’en éloigner, se ménageant un passage vers le fourgon à coup de gaz lacrymogène, nous a retourné les tripes, et le cerveau avec. Nous étions fous de rage du fait que ce pays qui mange ses propres enfants sans jamais les avoir porté sur ses épaules vienne demander à Ousmane d’arrêter de faire ce qui lui permettait de survivre. Alors Djibril a pris un bâton, Têvi a pris un pavé, je lui ai emboîté le pas, des dizaines d’autres aussi. Et nous avons caillassé le fourgon de police. Nous avons cassé les feux rouges flambants neufs, nous avons tiré quelques vieux pneus sur la route et y avons mis le feu. C’était si peu de choses à côté de la désespérance qui nous animait…

Que cela soit qualifié d’actes inciviques, soit ! Qu’il me soit permis cependant de demander : est-ce plus incivique que de détourner les deniers publics pour son compte personnel, ne jamais rendre de compte pour sa gestion de la nation, s’éterniser au pouvoir par diverses gesticulations électorales ? Celui qui laisse ses concitoyens se soigner dans des hôpitaux où les chirurgiens se lavent les mains avec de l’eau en sachet, celui qui laisse les professeurs enseigner pendant des mois sans solde, la même personne qui sait pourtant trouver 20 milliards de nos francs pour organiser un sommet aussi inutile que farfelu, celle-là même qui a juré de protéger la constitution et qui la viole à la nuit tombée, cette personne-là a-t-elle plus de civisme que nous autres qui avons jeté des pavés ? Vous êtes juge, jugez donc!

Votre honneur, l’incivisme c’est ce qui reste à nous autres, petites gens lorsque la coupe de notre colère et de la frustration déborde. C’est notre réponse à la violence de l’appareil d’Etat dont nous sommes les perpétuelles victimes. On ne peut pas, il est vrai, justifier tout et n’importe quoi mais il faut avouer que dans un pays comme le nôtre où certains ont le sentiment d’être au-dessus de la loi et ce en toute impunité, qui peut empêcher le chauffeur qui se croit au-dessus de la loi dans son taxi de brûler un feu rouge ?  Qui va empêcher la dame de jeter ses ordures au milieu de la rue alors que les impôts qu’elle paye ne permettent pas de mettre en place une collecte efficace des déchets ménagers ? Qui va dire à ce jeune qui tourne mal qu’entrer chez les gens par effraction c’est mal alors que les militaires défoncent les portails des gens et entrent dans les maisons par la force quand il y a des troubles en ville ?

Messieurs, dames vous le voyez bien, il y a d’autant plus d’actes inciviques que les gens se sentent bafoués dans leur dignité, s’estiment peu écoutés, jugent les réponses violentes des autorités totalement inadaptées. Il y a dans l’incivisme ce mal qu’on se fait au final à soi, comme autant de scarifications pour extérioriser la violence qui boue dans les veines.

Le jour où nos dirigeants prendront la résolution de faire respecter les mêmes lois pour tous les justiciables, quand les populations se sentiront pleinement intégrées dans leur citoyenneté, lorsqu’on adressera en guise de réponse à des actes déviants beaucoup plus de pédagogie et moins de répression ultra-violente, nous pourrons nourrir l’espoir d’une société apaisée, soudée autour de valeurs portées pour tous et chacun. En attendant que ce jour tant souhaité arrive, vous allez me condamner sans aucun doute. Ainsi sont les choses dans notre ripoux-blique. Qu’il me soit permis cependant permis de poser une dernière question: qui rendra enfin justice à Ousmane ?

Vous êtes juge, jugez !

Et toi cher (chère) lecteur (lectrice) comment trancherais-tu, après une telle plaidoirie ?

 

Ce texte fictif a été écrit dans le cadre #TBCS4E4 dont le thème est : L’incivisme chez l’adulte, un exemple pour la nouvelle génération. Toute ressemblance avec des faits ou personnages existants ou ayant existé est purement fortuite. Quoique…

Lisez ici, sur le même thème la contribution de :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

 

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Vous êtes juge, jugez donc !

Le piment dans quelle sauce ?

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Source: http://www.from-the-source.com (No kidding !!)

Bonsoir Reniss,

C’est avec un plaisir non dissimulé que je me pose, entre deux recettes, l’une brûlée, l’autre trop salée pour t’adresser cette missive qui je l’espère conviendra à ton bon goût. Yes, les formulations old school !

Reniss, tu me permettras de t’appeler ainsi par ton « petit nom » (Nom de caresse comme on dit parfois chez moi), puisque depuis que tu es entrée insidieusement dans ma maison un soir de Juin dernier, j’ai l’impression que tu fais partie de la famille. Ce soir-là, tu as allongé ta sauce jusqu’aux oreilles de mon petit garçon et tu m’as fait passer pour un vieux con par la même occasion mais, c’est la famille, je te pardonne. Après le bisou habituel que je recueille tel une feuille de laurier des lèvres de mon petit bout de chou sur mes joues tu vas en bouffer des métaphores culinaires, chacun son tour, il se remit à chanter comme un mantra aux accents de curry « Dans la sauce ! Dans la sauce ! Le piment dans la sauce ». Tout à mon étonnement, je me retournai vers mon second de cuisine (eh oui y’en a qui ont de la chance : l’homme porte la culotte et fait aussi la cuisine – pour huer cette blague misogyne, sexiste, machiste, tapez 1  ).

  • « C’est quoi encore cette histoire de piment dans la sauce ?  m’écriai-je.
  • C’est la nouvelle chanson à la mode ! » me fut-il rétorqué dans la foulée

C’est à ce moment précis que mon destin bascula.

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J’entendis une voix de là-haut me disant : « Fils, c’est le tube ! »

  • Lequel Seigneur, dentifrice, mayonnaise, ketchup ?

Le Seigneur roula des yeux, et Il vit que c’était bon, mais me laissa à mon interrogation. En effet, il venait de voir qu’Ali prévoyait de voler les élections. Le sens de priorités.

Pour moi, tout s’arrêta là. J’avais d’autres sauces à fouetter. Il fallait bien que le peuple mange.

Et puis un beau jour, mon fouet élimé se cassa et je reçus la sauce dans les oreilles. Lourde, parfumée, et pleine de mystère.  Une chose dont j’ai été convaincu en entendant ta chanson, c’était de ma paternité. Oui, ma paternité. Pas que j’en doutasse spécialement (la perçance ! ), mais si mon petit estomac sur pâte, pardon sur pattes avait été marqué par la chanson c’est qu’il avait de bons goûts musicaux comme son père. C’est pas beau, ça ?

En vérité, de cette première vraie écoute je suis ressorti avec des interrogations. Remué dans les méninges comme le plat de haricot « couché » tord les boyaux, je m’en ouvris pet-être trop vite à toi. En témoigne, cet échange épistolaire en 140 caractères qui, aujourd’hui je dois te l’avouer, m’a laissé sur ma faim, un goût amère en bouche.

Qu’était donc cette fameuse « souuuauce » dont les hommes sont censés raffoler ?

En effet, quand tu affirmes

« Les hommes aiment les femmes avec beaucoup de sauce »,

j’ai envie de te contredire. Je suis actuellement au régime (les priorités, j’ai dit ), j’évite les sauces autant que je peux. On ne peut donc pas généraliser. Bref passons.

Du coup, quand tu lances la première strophe, tous poumons dehors je me dis : elle se rattrape bien. En fait, la chanson n’a rien à voir avec la diététique, écoutons sans modération. J’ai candidement pensé que tu parlais de relation de couple, de foyer  en référence à

« Ne mets pas ton doigt dans ma sauce hein
N’ajoute pas le sel dans ma sauce »

avec un soupçon de tobassi

« Ne prépare pas mon nom dans ta sauce
Voleuse de sauce, Gâteuse de sauce
Ne touche pas à ma sauce »

Et en as de la confusion, tu réussis à me dévier de cette première impression : en fait la sauce c’est la vie et ses problèmes. Je parviens à m’en convaincre quand je t’entends lancer

« La sauce qui pique à mort !
La sauce est chaud à mort ! »

En voilà une qui comprend nos difficultés quotidiennes à joindre les deux bouts, à manier la cravache et la carotte devant l’âne de nos finances. Ah Reniss, quelle fille pleine de sagesse et de compassion tu es !

Et puis, tel le beurre qui frémit dans la poêle, le doute vint napper le fond de bienveillance que je me pris à t’accorder. La vinaigrette a mal tourné à partir de ce que nos amis américains appellent le « bridge » (avouez que pont, ça a l’air un peu con posé là tout seul au milieu de nulle part) :

« Ça c’est la danse de la sauce (Ok !)
Lave les mains (Oui, normal !), tourne la langue (ah ouais, pourquoi pas ?), suce le doigt (si on est gourmet, oui ?)
Caresse le ventre (ça marche pour les gourmands), tourne les reins (pourquoi ? mais pourquoi ? On va tourner les reins pourquoi ?) »

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Ceci me ramena à la question du tout début : de quelle sauce parle-t-on exactement ?

Et enfin, ça m’arriva comme un kebab balancé en pleine poire : La sauce c’est donc … ! Noooooooon !!!

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C’est donc pour cela qu’elle dit « When soup don’t bole massa fufu no di pass » ! Traduction pour ceux qui ne sont pas camerounais intégrez-vous, je ne peux rien de plus pour vous: Quand il n’y a pas de sauce le pilon ne glisse pas. Tout est clair maintenant ?

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Merci d’éloigner les enfants, âmes sensibles, asthmatiques et autres asiatiques présidentiables (pardon, ne m’éPINGlez pas)

C’est à ce moment précis que je compris, restons dans les images culinaires, que tu étais une petite cochonne, chère Reniss. Je relançai la chanson le cœur battant tel le jus de tomate qui boue. Et j’eus un niveau de compréhension complètement différent.

En vérité, Reniss ta chanson est exactement à l’image de la sauce de chez nous, pleine d’ingrédients divers et variés, aux goûts savoureux. Autant chacun y trouve ce qui l’intéresse, de même chacun entendra ta chanson selon son niveau d’interprétation personnel de ce qu’est la fameuse sauce.

Ce mystère enfin résolu, il en reste un dernier que je ne puis me résoudre à terminer cette missive sans évoquer, mon ami Aphtal ne me le pardonnerais sans doute pas :

Pour ma part, je tiens à t’informer que pendant que je t’écrivais, l’eau a bouilli, j’étais prêt à ajouter les condiments dans la sauce préparation mais suite au sentiment de méfiance et de trahison qui me saisit quand je contemplai carottes, concombres et piments posés sur la planche, je finis par renoncer.

Ce soir pas de sauce, une petite bouillie nous fera grand bien.

 

Savoureusement,

Yann.

Epilogue :

Je le disais plus haut, il revient à chacun d’entendre dans la chanson de Reniss, ce  que son niveau de compréhension lui permet. Mais qu’il me soit accordé de dire une chose : en dehors de toute considération sémantique, musicalement « Le Piment dans la sauce » c’est une bombe ! Mettez de côté la voix de la chanteuse qui pique à mort, c’est le lieu de le dire et prenez le temps d’écouter les basses, les percussions, toute la richesse des musiques d’Afrique Centrale vous vient instantanément à l’oreille. Je vous mets l’audio ici pour ceux qui n’auraient pas encore goûté à la sauce. La vidéo c’est pour les adultes, mais je vous connais vous saurez trouver le chemin tous seuls.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’Episode 3 de la Saison 3 de The Blog Contest.

Découvrez ci-dessous le « grimba » de la sauce de :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

Le piment dans quelle sauce ?

La violence de couple: ce n’est pas écrit sur le front des gens. #TBCS4E2

Domestic Violence Photography
Source: http://www.seenthis.net

Décidément nous ne sommes pas gâtés par nos amis du forum du Blog Contest. Pour ce deuxième volet de la saison 4, le sujet choisi est roulement de tambours : la violence de couple. Mon esprit retord s’est contorsionné pour trouver une façon originale d’aborder le sujet. J’ai essayé l’humour et puis j’ai tôt fait de comprendre que si cela ne me faisait pas rire, cela ne ferait certainement rire personne, à raison.

Cela doit faire plus dix-huit mois maintenant, alors qu’avec un couple d’amis nous finissions un excellent repas à l’occasion des fêtes de fin d’année quand nous avons entendu cris et invectives. J’avoue que les relations de voisinage ce n’est pas mon fort. Je ne suis donc pas sorti voir ce qui se passait. Et pour être totalement franc, mes voisines ont tellement l’habitude de se crêper le chignon pour un oui ou un non, qu’une dispute de plus ne m’émouvait pas plus que cela. Ce n’est qu’en sortant raccompagner mes amis que je me suis rendu compte de l’ampleur des choses : un de mes voisins avait tiré la mère de ses enfants dehors et lui administrait une prodigieuse correction en pleine rue. La dame ne s’y est pas pliée en victime résignée, elle retournait les coups que son frêle physique lui permettait et mettait la gomme sur les injures. Scène surréaliste d’une violence qui se banalise.

Il y a encore quelques semaines ce thème ne m’aurait pas plus touché que cela. C’est en effet bien connu que tant qu’une réalité ne vous affecte pas vous ne l’appréhendez pas à sa juste mesure. Depuis, ma vision sur le sujet a beaucoup évolué, en grande partie parce qu’une amie extrêmement proche m’a raconté au détour d’un « Et puis Yann, tu sais il était d’une violence ! », ce que je n’aurais jamais soupçonné si je m’en étais tenu à son éternelle bonne humeur et son rire sonore. J’étais dans un premier temps tétanisé par la colère et la surprise qui ont tôt fait de laisser la place à une sorte de honte de n’avoir pas plus insister que cela lorsque ses « ça va » brefs venaient à la rencontre de mes « comment vas-tu ? ». Pour avoir vu son ancien compagnon à quelques reprises, je ne l’aurais jamais imaginé levant la main sur elle. Non, ce n’est pas écrit sur le front des gens.

D’abord, ce qu’il faut comprendre c’est que les violences dans les couples, le plus souvent dirigée contre la femme, se déroulent dans un huis-clos étouffant dont le silence est le saint gardien. Elle est souvent exercée par l’homme manipulateur qui enferme sa victime dans un cercle vicieux tissé de tensions surgissant de la cristallisation de la mauvaise humeur autour un sujet qui peut être banal, se poursuit inéluctablement par l’explosion violente et  brute, et se termine (et ce, de moins en moins à mesure que la violence se répète) par une phase de repentance/manipulation où il fait croire à la victime qu’elle est coupable de ce qui arrive. Et cette douloureuse réalité vous frôle au quotidien sans que vous ne vous en rendiez compte si je m’en tiens aux chiffres de l’OMS qui montrent que 41,6% des femmes en Afrique subsaharienne, et 65,5%  en Afrique centrale sont victimes de ces violences. Respectivement 4 et 7 femmes sur 10, vous vous rendez compte ?

Ensuite, quand on parle de violences conjugales, l’image qui nous vient en tête c’est directement le grand type musclé en sueur tabassant dans un accès de fureur sa compagne. Pourtant, cette terrible réalité peut embrasser des aspects plus subtils, plus perfides. Cette torture psychologique et verbale qui est exercée à coup de menaces, d’injures, de dénigrements sournois, de privations et qui aboutissement à l’assujettissement complet de la femme, la perte totale de sa confiance en soi, c’est de la violence aussi. Ce patriarcat qui offre tous les pouvoirs économiques à l’homme et oblige la femme à vivre à son crochet, l’accès extrêmement compliqué par les barrières traditionnelles, familiales, sociales, religieuses, politiques même à l’apprentissage, à un métier, à la propriété, c’est également de la violence d’une teneur parfois plus inouïe que les coups. On en parle si peu que les victimes ne prennent pas conscience de leur état. Et il n’est d’ailleurs pas rare de voir ces formes invisibles de violences se combiner et se greffer sur la violence physique

Et puis, vous l’aurez compris à la lecture de mon précédent billet que je suis un partisan de l’équilibre. Le thème stipule « violences de couple ». Je vais prendre un petit moment pour parler de ceux qui sont moqués par leurs congénères, vilipendés par les femmes : les hommes battus. Je ne suis pas parvenu à trouver de chiffres précis en ce qui concerne le continent africain, preuve du tabou et/ou du désintérêt qui entourent la question dans nos contrées. La société a tendance à considérer la violence exercée par des femmes sur des hommes comme une anomalie. Si exercer des violences contre une femme  a fini par passer dans le subconscient collectif comme une éventualité qui de temps à autre se fraye son chemin vers la réalité, voir un homme se faire battre oumalmener r par sa femme relève souvent de l’insolite et du sensationnel. Conscient du regard et des jugements, nombre de victimes se taisent, se terrent dans la honte et le déni. Il n’existe que trop peu de structures d’écoutes et de prise en charge des victimes masculines de violences conjugales (en comparaison des associations, structures, plans nationaux qui s’occupent des femmes dans le même cas)  et le chemin pour porter plainte est pavé de moqueries et de vexations. En France par exemple, là où 10 femmes sur 100 victimes de violences conjugales iront porter plainte, seuls 3 hommes sur 100 poseront le même acte. Ce n’est pas un juste retour des choses parce que d’où qu’elle vienne, la violence n’est pas acceptable.

Enfin, je vais conclure ce billet avec bout de la nuit des violences conjugales une lueur terne d’espoir. Il y a à peine une semaine, promenant ma chienne à un pâté de maisons de chez moi, j’ai été à nouveau témoin d’une scène absolument écœurante : un homme giflant à pleine main une femme qui n’était pas la sienne et qui portait son bébé dans ses bras. Elle est tombée et le bébé avec. N’écoutant pas les pleurs de son enfant, en se relevant elle a administré un coup de pied magistral dans l’entrejambe de son agresseur. Face à l’afflux des passants, l’homme a dû s’expliquer, justifiant son geste par le fait que la femme aurait corrigé son fils plus tôt dans l’après-midi. Je l’ai dit plus tôt la violence est injustifiable. Mais là où, je me suis abstenu d’intervenir c’est quand le toisant du regard, elle lui a répliqué : « Tu te sens fort, c’est pour cela que tu as levé la main sur moi, n’est-ce pas ? Je vais de ce pas au commissariat te ramener une convocation de police. Tu t’expliqueras avec des hommes qui sont aussi fort que toi ». Et depuis quelques années, même s’il y a encore des lacunes, la police togolaise ne passe plus sous silence ce genre de cas.

Nous connaissons tous ces femmes qui publiquement sont toujours en accord avec leur compagnon, portent toujours exactement le genre de tenues qui lui conviennent, sont totalement métamorphosées en présence de celui-ci, ces femmes qui même lorsqu’il fait extrêmement chaud, portent des tenues qui leur recouvrent intégralement le corps, ces femmes qui ne répliquent jamais à un dîner à leur mari qui fait des blagues franchement désagréables à leur égard, ces femmes qui portent des grandes lunettes même étant à  l’intérieur, ces femmes qui paniquent dès qu’elles voient le nom de leur compagnon s’afficher en appel entrant sur leur téléphone, ces copines qui s’empressent de rentrer après un SMS de leur chéri, ces amies qui disparaissent du jour au lendemain après s’être mises en couple avec un homme qui les isole de leur cercle d’amis. Ces femmes nous les côtoyons tous les jours. Je ne dis pas qu’elles sont forcément victimes parce qu’elles présentent un quelconque de ces signalements listés plus haut, mais si plusieurs de ces manifestations se produisent chez la même personne, POSONS LES BONNES QUESTIONS ET PRÊTONS L’OREILLE. Un drame se joue peut être sous nos yeux.

Pour finir, toutes les six heures, une Sud-Africaine meurt sous les coups de son compagnon. Chaque année, 47% des Kenyanes tuées le sont par un homme avec qui elles vivent. Une Marocaine sur deux est victime au quotidien de violences conjugales. [source]

Ce n’est pas écrit sur le front des gens.

A bientôt.

Yann.

PS : Je dédie ce post à celles que le silence ronge. A vous deux qui avez parlé.

Lisez les contributions sur le même thème de :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

 

La violence de couple: ce n’est pas écrit sur le front des gens. #TBCS4E2

Le tobassi ou pourquoi je ne mange pas de poisson. #TBCS4E1

Fresh Fish
Source: http://www.gea.com

Je voulais redonner du tonus à mon blog, je voulais de la motivation, je me suis donc inscrit au #TBC (The Blog Contest) il y a quelques semaines. Le défi consistant à écrire un article sur la base d’un thème proposé par les internautes du forum. Eh bien, pour le premier thème nous voilà  servis! Il s’agit du « tobassi »

Avez-vous déjà essayé de vous saisir d’une savonnette les doigts trempés à l’excès ?

C’est cet exercice hasardeux qui pousse les principales indexées à recourir à la pratique appelée « tobassi ». Évoquer les indexées n’est pas manquer de doigté, amis lecteurs tant la pratique est largement liée à la gente féminine sous nos cieux ensoleillés d’Afrique. Si tout comme moi vous n’êtes pas camerounais, alors le terme chantant de « tobassi » ne vous évoquera sûrement rien. La colonisation et la mainmise dont le #TBC est l’objet de la part de nos collègues blogueurs camerounais sera le sujet d’un prochain billet si Dieu me prête vie. Ekie !

Phénomène sociologique que les mauvaises langues disent répandu en Afrique subsaharienne, le  « tobassi » est une pratique d’envoûtement opérée par une femme (la plupart du temps) sur son compagnon, ou le prince charmant ciblé ayant pour but de soumettre ce dernier à son bon vouloir, le rendre docile, l’ »attacher » sentimentalement au propre comme au figuré. Ah je vois que le terme commence à vous parler. Quelqu’un va mourir moins bête ce soir… Amen !

 

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Connu sous divers vocables tous aussi poétiques les uns que les autres à travers l’Afrique, le phénomène est désigné au Bénin et au Togo par le terme de « Gbotemi », littéralement « écoute pour moi » dans le sens de « écoute ma voix, fais ce que je veux ». Non, je ne me balade pas avec un dico fon – français sur moi en permanence, merci. Un petit résumé de certains noms utilisés ici :

Ne croyant personnellement en ce genre de pratiques, j’ai dû me documenter un peu en parcourant le net afin de rédiger ce billet. La pêche a été plutôt bonne. Vous comprendrez dans la suite pourquoi je m’exprime en termes halieutiques. Au Cameroun d’où le terme vient et où il signifie « assieds-toi là », une des techniques les plus répandues consisterait à farcir la tête d’un poisson particulier appelé le kanga reconnu charnu, goûtu avec une préparation à base d’herbes dont je me réserve de diffuser les détails. Au risque de me répéter, oui c’est déjà le cas, je sais, je ne crois pas à ces choses mais je ne manquerai jamais de respect aux anciens. Qui est fou ? I mean, farcir la tête d’un poisson, quelle belle allégorie du bourrage de crâne ! J’ai eu aussi vent de techniques impliquant des lavages intimes, ou des poils pubiens ou de lion (les deux pouvant être la même chose), pour la confection de la farce.  « Allons seulement »… A peine la couleuvre pardon, la tête avalée que le pauvre gus se retrouve ferré comme… un poisson. Vous êtes étonnés par le sens de la répartie des génies de la forêt camerounaise, moi plus maintenant…

Une étude pratiquée par mes soins auprès d’un large échantillon de trois personnes on a les moyens qu’on peut m’a permis de dégager quelques raisons qui peuvent pousser une femme à recourir à de tels stratagèmes. La première, la plus évidente, celle qui va m’allier le soutien de toute la gente féminine et me jeter en pâture comme une tête de poisson à mes congénères bipèdes à trois pattes allez-y comprendre quelque chose c’est que de notoriété publique et depuis la nuit des temps « l’homme n’est pas fidèle ». Can I get a « Amen », my soul sisters ?

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En même temps, vu que mon échantillon était composé exclusivement de femmes, une telle réponse vous étonne ? Du fait donc l’infidélité des hommes d’après mon échantillon, certaines femmes ont recours à cette camisole de force mystique pour les garder à la maison. C’est radical mais paraît-il, ça marche! Enfin, un certain temps avant que le pauvre bonhomme ne se mette à ramper pathétiquement aux pieds de sa « vénérée maîtresse » (sa femme quoi, enfin vous m’avez compris).

Dans la même veine, et dans une ambiance concurrentielle accrue entre coépouses dans un foyer polygamique, le « tobassi » assure à la grande prêtresse, pas maîtresse, le statut tant convoité de favorite du monsieur qui a eu le malheur non seulement de laisser traîner ses yeux au deyor mais d’oser ramener des colitières celles qui partagent le lit, quoi à sa première épouse au sein du foyer. En général quand le gbass marche, toutes les autres ne voient plus le monsieur le soir, du coup elles retournent chacune chez son marabout pour procéder à un envoûtement qui pour être efficace doit surpasser, supplanter celui de la favorite. On se retrouve donc avec le pauvre mari multi-tobassié, le visage hématié, le corps anémié à force de satisfaire les désideratas nocturnes des unes et des autres. « Vous n’avez pas dit vous peut ? Voilà ça maintenant ! » criera-t-on dans les rues d’Abidjan.

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Source: http://www.euronews.com

La plus injuste des raisons, quoiqu’il n’y ait pas de justice en ce bas-monde,  me semble être la troisième. Tu plais à la « nga », elle aussi te plaît, vous commencez un bout de chemin ensemble, tu te dis comme dans la chanson de Josey que tu vas « étudier son comportement » un certain temps. Mais la sournoise a déjà son plan ! Étudiée sous toutes les coutures, multi-« blessée de guerre » comme on dit chez moi, elle n’a plus le temps de ton amusement! Pour te mettre définitivement le grappin dessus, elle va recourir au « tobassi ». Un petit repas concocté par ses soins, la mixture savamment distillée dedans et te voilà la bague au doigt, diplômé devant Dieu et devant les hommes. A qui la faute ? La pression sociale exercée sur les femmes à propos du mariage dans nos contrées? Les précédents examinateurs qui ont rejeté son dossier ? Ou toi qui l’étudie depuis plusieurs années sans te décider ?

Il y a derrière ce recours ultime au « tobassi » une foultitude de raisons aussi bien sentimentales que financières. Ne nous mentons pas, ce n’est pas un pauvre employé comme moi qu’on va cibler ! Plus le gus est « valable » plus la « nga » va dépenser chez le marabout pour l’attacher.

Dans mes lectures, ce seront sans doute les conséquences tragi-comiques qui me seront restées. J’ai le souvenir notamment de ce cas extrême où cette femme est devenue veuve deux ans après avoir recouru à cet artifice mystique sur son mari qui a eu pour effet secondaire de le rendre addict au sexe, décédé de fatigue physique, le bougre! Ou encore de ce mari déshumanisé qui suivait sa femme partout en répétant sans cesse « Oui, Madame ». A n’en pas douter, la pratique n’est pas sans conséquence sur le corps et le mental de ces messieurs.

Une chose me paraît cependant amusante dans tout ceci, c’est que les adeptes partent avec le postulat soit qu’elles aiment l’homme en question et ne souhaitent pas le partager, ou qu’elles sont prêtes à lier leur destin indéfiniment au sien. J’ai entendu parler de photos clouées sur des arbres dans la forêt équatoriale ou de cadenas jetés dans les flots. Que se passe-t-il le jour où elles tombent éperdument amoureuses d’un autre homme et que voulant convoler avec le cher et tendre, le compagnon marabouté, artificiellement attaché à la dame refuse de la laisser partir ? Dans l’impossibilité de retrouver l’arbre en question ou de récupérer le cadenas englouti par les eaux afin de libérer le pauvre diable, laisseront-elles passer la chance de leur vie ou prendront-elles l’option de la polyandrie ?  A new drama is coming…

 

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Pour finir ce billet et rétablir un peu l’équilibre, je me dois de dire qu’il existe notamment au Sénégal une pratique similaire au « tobassi » employée cette fois-ci par les hommes et qui consiste à endormir leurs épouses à coup de talismans renouvelables ou de fétiches portatifs, soit par jalousie, soit pour qu’elle ne fasse pas de scandale lorsqu’il prendra une nouvelle coépouse. Voilà, mesdames vous pouvez souffler, je vous avais dit que je ne manquerais pas de doigté.

Le tableau a l’air bien sombre, et pourtant tous les couples unis qui s’aiment en Afrique ne sont pas forcément liés par des forces occultes. L’amour est accessible, encore faut-il que les partenaires aient suffisamment confiance en eux-mêmes et aient le réflexe de recourir à la communication plutôt qu’aux officines des marabouts pour régler leurs problèmes.

Parlant de problèmes, je connais un bon moyen d’éviter le « tobassi », faites comme moi mangez de la viande. Le poisson, ça craint !

 

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Vous pouvez retrouver les billets de mes collègues ci-dessous :

Arsène

Obone

Christian

Leyo

Elie 

Le tobassi ou pourquoi je ne mange pas de poisson. #TBCS4E1

A part ça, tout va bien, merci.

Crédit photo: psychology.wikia.com
Crédit photo: psychology.wikia.com

Et puis un jour, tout se casse la gueule.

Tu te réveilles la tête en coton, l’esprit embrouillé. Tu te retournes mollement dans ton lit… Non tu ne veux pas aller bosser aujourd’hui. Troisième roulade dans le lit et là, le drame : tu as mal au dos, la nuque complètement raide. Mais tu es bon esclave, le travail ne va pas se faire tout seul, tu es absolument indispensable à ton maître, qui pourtant te noie et te broie sous la tâche.

Allez, un pied à terre, le gauche tant qu’à bien faire. Le deuxième ne tarde jamais à le rejoindre. Inséparables ces deux loustics. Là, assis au sommet de la montagne de ton lit tu contemples dans la vallée serpentant comme une rivière furieuse et sans fin tous ces jougs que tu vas poser tour à tour sur tes épaules dans la journée, les tâches quotidiennes, que les gens normaux appellent ça. Tu vois défiler devant tes yeux, la journée de rêve, le cauchemar vivant qui t’attend plutôt, oui ! Tout va bien ?

A part ça, oui tout va bien, merci.

Tu dois, tu dois, tu dois ! Tu dois, sinon… C’est là que tu te dis que l’existence serait tellement plus « fun » s’il y avait moins de « je dois » et plus de « je veux ». La pensée en mode coma avancé tu te prépares tant bien que mal et tu pars prendre ta place dans la chaîne. Un pion ! Rien de plus. Tu vas en baver et tu vas en redemander ! Et surtout ne te hasarde pas à demander des choses aussi superflues que de la reconnaissance, de la valorisation. C’est quoi ça ? Tu t’es cru où ? Ici on parle performance, indicateurs, résultats, tu veux nous causer de comment tu te sens ? A ce propos, comment ça va ?

A part ça, tout va bien, merci.

Alors tout devient extrêmement pénible. Tu ne vis plus, tu traverses ta vie, comme le couteau traverse le beurre, mollement, sans envie, sans autre ambition que de se rendre jusqu’au bord opposé. Tu ne fais plus rien comme d’habitude, tu bouffes lentement, tu marches lentement, tu réfléchis tout aussi lentement. Même ton corps réagit différemment : les objets te tombent des mains et s’excusent presque, tu ressens des picotements à des endroits de ton corps dont tu avais presqu’oublié l’existence, un goût de métal dans la bouche. Tout peut, et tout t’exaspère. Et tu es exaspéré d’en être exaspéré. Sinon comment tu vas ?

A part ça, tout va bien merci.

Tel le froid insidieux qui se glisse dans les articulations, elle vient s’emparer de toi, t’embrasser de son étreinte amère, te posséder de la façon la plus sournoise. Avec les jours qui défilent vient l’hôtesse indésirable, la désespérance profonde qui n’interroge pas, qui ne veut rien et qui prend tout. De ses vagues douces et régulières elle te submerge et tu t’abandonnes dans ses bras parce que tu n’as plus envie de nager, les vacances et la plage sont bien trop loin. Ce sentiment insipide ne vient pas seul, un seul fléau ne peut convenablement pas t’abattre. Alors la lame de fond, la colère se lève,  se dirige droit sur toi et avant que tu n’aies le temps d’esquisser la moindre esquive te poignarde au foie puis enfonce sa lame par à-coups précis et violents. Elle te vide de ta bonne humeur et laisse la bile te remplir et se répandre dans tes veines. Elles entament leur danse morbide, la désespérance et sa comparse la colère. Elles dansent autour de toi, t’hypnotisent jusqu’à ce que tu deviennes leur. Les tempes qui battent, la tête embrasée, tu attends comme un camé le prochain shoot. Mais si on te demande comment tu vas ce matin …

A part ça, tout va bien merci.

Au début, tu le nies, – qui peut s’avouer une chose pareille ? – tu repousses l’échéance puis l’emporte l’évidence. La colère se mue en amertume, tu projettes sur les autres le tourbillon qui te ravage de l’intérieur. Le bruit de la vie t’insupporte, les gens heureux et les soucis banals de leur quotidien te paraissent si futiles. Courage, fuyons ! Tu évites tes amis, tu te replis. L’enfer c’est les autres non ? Tu veux traverser ton moment seul, boire le calice jusqu’au goudron au fond. Tu ne parles plus, ne prends plus ton téléphone, tu lis tes messages sans répondre. Tout va bien ?

Non, rien ne va. Je suis déprimé. Sans raison. J’ai tout ce qu’il me faut pour être heureux et je ne manque de rien. Pourtant, un beau matin quelque chose s’est brisé. D’abord c’était une petite fissure à laquelle on ne fait pas attention, puis c’est devenu une faille. Un matin, l’édifice s’est écroulé, dans un bruit sourd et sans prévenir. Restent après la fureur de l’effondrement, le silence indifférent du néant. Alors si on me demande si tout va bien.

Oui, à part ça, tout va bien, merci !

A part ça, tout va bien, merci.

Les 10 commandements du blogueur togolais

Source: www.patheos.com
Source: http://www.patheos.com

Une centaine de mètres après le péage routier de Zanguéra. Dimanche 6 Septembre, 18h approchant :

  • – Vas-y souffle !
  • – Non mais, déconnez pas , il va se brûler les yeux pour rien !
  • – Tchalé, je dis : souffle !

Ils soufflèrent dans le tuyau mais rien n’y fit, la fièvre n’était pas prête de retomber.

*La suite risque de ne pas vous plaire, j’ai la décence de le signaler dès le début. Lisez la note de fin de page, puis revenez reprendre la lecture.

Mercredi 16 Septembre 2015.

Il y a une petite dizaine de jours, du 4 Septembre au  6 Septembre, le #BlogCamp228 a réuni les blogueurs du Togo (de Lomé, soyons honnêtes, ça ne tue pas) dans la magnifique ville de Kpalimé nichée dans les hauteurs. Sur les montagnes, nous avons parlé, échangé, partagé, bref toutes ces choses fort sympathiques qui finissent invariablement en « é » et qui arrachent un « Eh » de regret aux absents.  Je ne vous oublie pas, non jamais. #CelineDionVoice

Puis conformément à la loi de la gravitation universelle qui stipule que tout ce qui monte est appelé à descendre (Attention : ceci est une simplification éhontée)…eh bah, nous sommes redescendus. Redescendus de notre petit nuage, de notre bulle hors du temps, de notre émerveillement quasi infantile. Mais nous ne sommes pas redescendus les mains vides. Je vous ai ramené, tel Moïse revenant de la Montagne Sainte du Kloto, les 10 commandements du blogueur togolais.

I. Sans Internet tu feras

Après deux heures de route en pleine nuit au milieu de broussailles hautes comme des maisons et de montagnes aux silhouettes menaçantes, à Kpalimé tu arriveras. Ta route pour le lieu de rassemblement à un Zémidjan, plein d’aplomb tu demanderas. Oui Google Maps, aux pays à l’adressage impeccable tu laisseras. Après que la police t’aie appelé sur la route « Autorité », le fait que le Zémidjan mette les feux de détresse pour t’accompagner, en rien ne t’étonnera. Enfin installé, au premier atelier sur WordPress tu assisteras. Le fait que la connexion internet ne fonctionne pas en rien également ne t’étonnera. Soyons clairs pour m’éviter de me répéter inutilement : au Togo rien de ce que tu verras, entendras, sentiras, gouteras, rien de tout cela ne t’étonnera ! Voilà, dit ce sera. Entre connexion cahoteuse et débit absolument surprenant de fluidité sans cesse tu oscilleras .

II. A des débats surréalistes tu assisteras

Ayant été frustré par l’absence de connexion, dans le repas du soir refuge tu chercheras. Tu ne noteras point les corps minces avalant sans coup férir une bonne quinzaine de boules de « kom » sans prendre un centimètre de tour de taille. Tu t’émouvras uniquement de tes joues qui s’arrondissent quand tu en as avalé juste trois. A la faveur de la nuit, et d’un peu (beaucoup) d’eau de feu, tu entendras, tranchant le voile de la nuit, venant d’un autre corps mince « C’était tellement jouissif ! ». Ainsi parlera la jeune turbulente, truculente, parfois bruyante mais surtout attachante Mylène Flicka.

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Quand tu apprendras qu’elle parlait d’un bouquin, rassuré tu seras. Ou de mariage pour tous, d’adoption pour tous, de bonheur pour tous en somme, le Petit Togolais Libre avec Renaud Dossavi, débattre dans le silence (ou l’indifférence générale) tu entendras. Telle une chorale de crapauds après la pluie, les blogueurs s’esclaffer tu entendras. Pour cause, Le Salaud Lumineux, « l’état d’ébriété, quel beau pays ! » conclura.

III. A l’étranger ta porte tu ouvriras Grande nouveauté du BlogCamp228 version 2015, l’ouverture aux sensibilités et aux plumes venues d’ailleurs tu feras. Ainsi la communauté togolaise des écrivains frustrés avec un plaisir non dissimulé ni par les interruptions intempestives de Mylène, ni l’enthousiasme communicatif de Charlie, des filles du Dahomey accueillera. Un souvenir inoubliable, le séjour kpaliméen leur laissera.

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IV. Telle une balle tu rebondiras

Si du silence habituel des spectateurs aux Tweetups tu t’irriteras, enchanté par la qualité des échanges et des argumentations au BlogCamp tu seras. Chacun voulant surpasser, ajouter, compléter les propos de son prédécesseur, régulièrement « j’aimerais REBONDIR sur les propos de X » tu entendras. A tel point que l’expression à elle seule, la variété du débat symbolisera. Le signe évident d’une connivence fragile, un déclencheur automatique de sourires dans le futur cette expression deviendra.

V. De selfies tu te couvriras

Telles les riches dames de l’aristocratie égyptienne antique en faisant de même de leur riche maquillage, de la caméra frontale de ton smartphone un usage excessif, abusif tu feras. Immortalisant çà et là moments de complicité, moments délirants ou tout simplement moments de solitude bien méritée. Impressionné par la quantité d’images produites lors de ce BlogCamp en comparaison au précédent tu seras, les plus belles restant les « cielfies » à des centaines de mètres d’altitude dans le ciel ensoleillé du Château Vial

Crédit photo: Moi même :-) feat Koko St Kokou
Crédit photo: Moi même 🙂 feat Koko St Kokou

VI. Singing in the rain en live tu vivras

Un véritable moment d’intense émotion la descente du Château Vial sous une pluie peu commune sera. Partagés entre l’inquiétude pour les leur, bloqués au sommet, et leur propre sécurité dans cette descente rendue épique par la faible visibilité sur cette route sinueuse et étroite, les cœurs seront. Ce moment précis où le bus est redescendu dans la vallée, les blogueurs en entonnant des chants d’enfance salueront. « Je descends de la montagne à cheval » par là passera.

VII. A défendre ta liberté tu t’acharneras

Si une chose, le Petit Togolais Libre agréablement surprendra, ce sera l’obstination voire l’acharnement avec laquelle les blogueurs togolais leur liberté de ton, d’écriture défendront, allant jusqu’à mettre en échec le projet d’association, préférant ne pas céder aux sirènes de la professionnalisation de leur blog. Un signal symbolique cela demeurera. En effet, cela du signe d’un besoin de continuer à s’exprimer sans contrainte ni impératif marquera.

VIII. De partage tu t’armeras

Si de ce joyeux rassemblement un maître-mot restera, le « partage » celui-là sera. Le partage matériel rapidement s’estompera. Mais ce partage de l’esprit, de la créativité, de la technique, ce dernier atelier d’écriture juste avant le départ, à jamais le parfum de la nostalgie recèlera. Bien avant, les sourires et ce halo fleuri de blagues toutes plus pourries les unes que les autres , dans une douce insouciance les blogueurs plongeront. Le Salaud Lumineux de la plaisanterie sur son abondante pilosité dorsale par le Petit Togolais Libre à jamais rancune tiendra.

IX. Les regards tu éviteras

Et puis dans un accès de réalisme, la belle bulle de mots éclatée finira. Dimanche 6 Septembre en début d’après-midi, chacun ses valises fera. C’est à ce moment précis que le fait se produira. Plus leurs oreilles, les sourires atteindront. Les regards jadis pétillants désormais teintés du regret de partir tu éviteras. A ce que ce moment ne s’éternise pas, chacun veillera, de peur peut être que les yeux de buée se couvriront épousant l’humeur du ciel ce soir-là…

X. Aucun des tiens tu n’abandonneras

Mais oh, tu as fini de nous gazer avec ton texte illisible, aux tournures alambiquées et à la conjugaison incertaine ?

Mais si, mais si, j’y viens. Quelques minutes après la sortie de Kpalimé (ça va mieux cher lecteur ?), ma pire crainte se matérialisait sur mon tableau de bord. L’aiguille a bougé : le moteur chauffe anormalement. C’est là que notre atelier de mécanique du dimanche, non prévu au programme officiel du BlogCamp débuta. Il se terminera plus de quatre heures d’horloge plus tard.

Dimanche soir 18h donc, nous sommes une petite dizaine affairés autour de mon capot ouvert, alternant soufflage dans le radiateur (ne me demandez pas de détails) et reversement d’eaux de toutes sortes. Curieusement l’ambiance est bonne, on aurait dit un concours improvisé de blagues belges. Au bout de deux bonnes heures courant le risque constant de nous brûler grièvement le visage, tel un compromis entre le divin et la mécanique, la voiture redémarre. Tout ce petit monde va pouvoir rentrer chez lui. Ce qui m’aura indéniablement marqué c’est le refus obstiné des uns et des autres de quitter l’équipage. La nuit tombante n’y changera rien. Ils restèrent jusqu’au bout et aucun des leurs sur le bord de la route ils n’abandonneront (un petit dernier pour la route)

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C’est aussi cela le blogging qui nous passionne tous : derrière les écrits parfois acerbes, les attaques dans du fiel trempé, derrière chaque ordinateur, un cœur bat.

**Pour lire les dix commandements, petite astuce : le verbe conjugué au futur simple se trouve quasi systématiquement à la fin du groupe verbal. Il est important de repérer le verbe pour comprendre mes élucubrations

***Non, je n’ai respecté aucune des recommandations données (parfois par moi-même) lors de ce fameux atelier d’écriture. Mais bon, c’est aussi cela la Liberté du Petit Togolais… Libre, c’est le cas de le dire !

Les 10 commandements du blogueur togolais

Entre Ciel et Terre

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Source: scottfillmer.files.wordpress.com

Entre ciel et terre, il y a un jeune homme qui pleure. Entre ciel et terre, il y a ce jeune homme couvert de sang qui agonise. Entre ciel et terre, il y a cet espoir qui meurt. Entre ciel et terre, aujourd’hui c’est le vendredi saint et je n’ai pas fait de cauchemar.

D’habitude dans la nuit du jeudi au vendredi saint, je dors mal et très peu en général. Il m’est arrivé il y a une vingtaine d’années alors que je n’étais encore qu’un enfant de me rêver à la table de la Cène avec le Christ et ses apôtres, de ressentir physiquement cette tension, ce silence lourd qui a dû régner ce soir-là pendant ce repas. Plus récemment, j’ai vu en rêve au cours d’une de ces fameuses nuits, un bras sur le bois, le clou et le marteau. Je vous passe le détail… Invariablement, ces nuits-là je me réveille en sueur, complètement terrifié et j’ai du mal à retrouver le sommeil.

Mais chose paradoxale, j’ai toujours vu ces nuits de terreur comme une preuve que ma foi était vivante, vivace même. Et les jeudis saints comme cette année où je ne rêve pas, je suis toujours dans ce mélange de déception et de confusion m’interrogeant constamment sur pourquoi je n’ai rien vu.

Cette nuit, je n’ai pas rêvé mais je me suis réveillé au milieu de la nuit, et j’ai réfléchi…

J’ai réfléchi à ce que cela pouvait signifier pour moi, pour les autres, d’être chrétien, de faire le point sur ma foi, sur le message du Christ et comment nous le vivons au quotidien.

Il me vient à l’esprit cette phrase que j’ai dû dire, il y a quelques années en la même occasion : « L’histoire de notre salut n’est pas une histoire de gloire et de prince assis sur un cheval blanc dans son armure impeccable. L’histoire de notre salut est une histoire de sang et de sueur. » Et l’appropriation à divers degrés par toutes les communautés chrétiennes de la Croix, cet objet de honte et de déchéance, comme signe de ralliement en est la manifestation la plus flagrante.

Nous avons été sauvés dans le sang, et aujourd’hui nous ne voulons plus ni transpirer ni même  pleurer. Nous n’avons plus la patience, ni le courage d’attendre que notre destin se réalise. La vie va vite, Dieu doit aller vite. Sinon, nous Lui posons des ultimatums, je m’en suis personnellement rendu coupable et je le regrette. Cette chrétienté du résultat immédiat et du miracle quasi permanent m’inquiète aujourd’hui…

Au premier siècle, il était bien moins facile de s’affirmer chrétien que de porter des croix gothiques de nos jours. Les martyrs se sont comptés par milliers et dans des conditions tellement atroces que j’ai froid dans le dos rien qu’en y pensant. Alors comment cette « secte » marginale à ses débuts, est-elle devenue aujourd’hui cette immonde donneuse de leçons, si prompte à pointer du doigt et à condamner ?

Je prends constamment mes distances avec cette chrétienté qui  condamne constamment le péché et les pécheurs sans leur rappeler que Dieu est amour et miséricorde. Je regarde toujours du coin de l’œil entre amusement désespéré et agacement contenu ces chrétiens qui s’empressent de pointer du doigt l’Islam d’aujourd’hui en disant : « Voyez, ces gens la violence est dans leur cœur, ce sont des barbares !» oubliant ou se taisant (c’est selon !) sur les effroyables massacres qui ont eu lieu contre les musulmans au Moyen-Age. Je les vois, je les entends justifier l’injustifiable : «C’est vrai ce que tu dis, mais bon on n’est plus au Moyen-Age !» Je l’écris, et je vais sans doute me faire des ennemis pour l’avoir dit, mais je suis toujours scandalisé d’entendre les positions extrêmes de certains chrétiens sur l’homosexualité. Ma réponse est invariable : « Dieu aime tous ses enfants du même Amour. Ne jugez point et vous ne serez point jugés. » Nous avons été marginaux, il est important de ne pas marginaliser, stigmatiser, exclure.

A mon avis le message de la Croix transcende les différences. Quand je vois ce Christ sur sa croix, je me dis, quel bel exemple, quel beau modèle d’amour nous avons sous les yeux. Les bras étendus à la verticale sont le symbole de l’amour qui doit régner entre les Hommes de toutes conditions, de toutes origines, le symbole de l’égalité avec laquelle Dieu nous a créés. Ce corps meurtri les pieds vers le sol, la tête vers le ciel illustre si bien la relation que nous avons Dieu : nous sommes des êtres humains vivants dans le péché de la Terre et ce vers quoi nous tendons c’est la perfection de l’Amour de Dieu. Dans tous les cas la croix reflète une chose, à la verticale comme à l’horizontale c’est l’Amour.

Le Vendredi Saint un jeune charpentier de Nazareth est devenu l’Homme le plus célèbre de toute l’Histoire grâce au sacrifice ultime. Et ce que j’en retiens c’est le sacrifice induit par l’Amour.

Entre ciel et terre, il y a, suspendu au bois de la croix, Jésus. Et il te regarde. Vois dans ses yeux la question : « Qu’as-tu fait de ta chrétienté ? »

Entre Ciel et Terre