Le Dictateur Africain : Starter Pack. Le Kit en 10 leçons pour devenir maître chez vous.

1385321875000-kid-president2-webtv
Bienvenue à l’Académie Africaine des Dictateurs en Herbe

Ça y est ! Après tant d’hésitations vous avez décidé de passer à l’attaque. Vous allez enfin prendre le pouvoir et servir votre poche, votre pays comme il se doit. Voici, prêts à être employés dix conseils pour devenir guide éclairé sur la terre de vos ancêtres.

I. Trahir à volonté

Une première chose à savoir quand on veut devenir un dictateur accompli, un despote qui est aussi craint que respecté c’est que vous ne devez pas vous embarrasser de scrupules. Ça ne sert à rien, ça pue et ça vous empêche de dormir la nuit. Que ce soit votre père, votre oncle, votre compagnon d’armes ou de lutte, vous devez être prêt à marcher sur tout ce beau petit monde pour accéder au sommet. Les places sont chères, il n’y a qu’un seul fauteuil. Vous avez appris que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? L’ascension vers le pouvoir est pavée de cadavres d’amis, c’est aussi simple que ça. Trahissez, prenez de la peine. Ne laissez nul compagnon où le tacle ne passe pas et ne repasse. Emprisonnez ceux qui en savent trop sur votre passé peu glorieux, jetez en pâture à la vindicte populaire ceux qui osent vous regarder dans les yeux, ces impertinents qui osent contester votre pouvoir naissant.

II. Se donner une figure messianique

black-baby-jesus

C’est bien connu, la religion est l’opium du peuple. Les gens stupides se nourrissent d’espoir. Eh bien, vous incarnerez cet espoir-là. Une officine noire va enrober de mystère les circonstances de votre naissance, semer quelques coïncidences extraordinaires sur votre parcours, répandre quelques rumeurs mystiques à votre sujet. Vous, oui vous, êtes le projet de Dieu pour ce peuple en pleine perdition, vous êtes le salut, vous êtes le sauveur ! Nul n’ira au pouvoir sans vous passer sur votre corps ensanglanté. Le ponpon c’est quand vous échappez mystérieusement à un « attentat » où tout vous destinait à rester. Et vous voilà, à défaut d’être un Messie en aube blanche, un petit diable à craindre par vos adversaires les plus féroces.

III. S’appuyer sur un parti unique

zr04_04a
Les animatrices du MPR Zaïrois

Si vous ne suivez pas cette leçon, vous devrez reprendre votre année dans notre illustre académie car elle vaut à elle seule la moitié des unités d’enseignement conduisant au passage en classe supérieure. A cette étape donc, il vous faut soit susciter l’appel du peuple vous implorant de venir aux affaires si vous venez des corps habillésen effet ça fait désordre, un militaire qui abandonne le treillis pour descendre dans l’arène politique ou réformer le parti que vous meniez avec vos compagnons de lutte, ceux-là même que vous avez jetés en prison à la leçon I.  Le but ultime dans chacun des cas c’est de prendre la tête d’un parti de « large ouverture » dont le chef tient bien la fermeture. Pour le nom, ne vous fatiguez point. Il faut un nom qui indique que tout le monde en fait partie. La boîte dans laquelle vous piochez  doit contenir : Rassemblement, Démocratique, Peuple, Populaire, Union, Parti, Mouvement. Combinez à souhait et ajoutez l’épithète associé à votre peuple. Vous obtenez : Rassemblement du Peuple Togolais, Parti Démocratique Gabonais, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, Mouvement Populaire de la Révolution… Vous voyez que vos illustres aînés ont bien suivi la leçon. Laissez mijoter tout ceci et vous obtenez un parti-Etat au goût savoureux. C’est l’instrument qui vous permet de créer un Etat dans l’Etat et affaiblir durablement les contre-pouvoirs ridicules prévus par la Constitution.

IV. Ne faire confiance qu’aux gens de votre clan

stay-paranoid-and-trust-no-one

N’importez pas chez vous des choses qui diluent l’autorité traditionnelle. La démocratie, c’est bien. Le système de gouvernance dans votre village c’est nettement mieux. Appuyez-vous donc sur les gens de votre village, votre région, votre ethnie. Nommez systématiquement à la tête des institutions régaliennes des cousins du village, des frères de clan. Profiter seul du pouvoir peut vous aliéner des ennemis mortels, profitez-en à plusieurs, vous conserverez la bénédiction des sages de chez vous. Avant chaque nomination, vérifiez minutieusement le pedigree des candidats, éliminez systématiquement les gens issus des ethnies supposées favorables à vos opposants, faites de même avec les « métissés ethniques ». Priviliégez les « et » (père ET mère, issus de votre clan), adoptez une défiance par rapport aux « ou ». Les demi-mesures conduisent aux demi-loyautés.

V. Déstabiliser les institutions

Tout le monde le sait, les institutions ça ne sert à rien à part vous faire chier. Pourquoi distribuer le pouvoir que vous vous êtes donné tant de mal à conquérir ? Equilibre des pouvoirs ? Vous êtes suffisamment raisonnable pour contrôler l’usage que vous faites du pouvoir qui ne vous a pas été confié. Il urge donc d’équilibrer les pouvoirs de telle façon que personne ne vienne mettre son gros nez dans vos affaires : vous vous organiserez donc de manière à gagner systématiquement les législatives, vous nommerez des gens qui vous sont favorables au parquet, interrogerez les candidats à la magistrature sur leurs origines. Si malgré toutes vos précautions, ces raclures d’opposants parviennent à prendre l’Assemblée Nationale, vous créerez un Sénat pour caser vos vieux copains et diluer le pouvoir de l’Assemblée rebelle. En tout état de cause vous rechercherez sans cesse la concentration des pouvoirs dans vos mains tout en donnant à votre peuple et aux observateurs extérieurs que les institutions fonctionnent. Votre célèbre devancier dans cette académie, Louis XIV ne disait-il pas : « L’Etat, c’est moi » ?

VI. S’inventer des ennemis imaginaires

Il faut vous y préparer, toutes les bonnes choses ont une fin. Le pouvoir absolu attise les convoites, et au peuple donne de choses illusoires la faim : la démocratie, la liberté, l’auto-détermination. Toutes ces choses détestables que votre autorité a en horreur. Afin de prolonger votre règne et mobiliser vos populations autour d’un idéal, il convient de vous créer un ennemi, s’il n’en existe aucun à même de susciter la détestation populaire. Il peut s’agir du voisin auquel l’histoire vous a si souvent opposé. Mais ce qui est encore mieux, c’est les multinationales mercantiles avides d’argent appuyées par l’ancienne métropole qui se repaissent du sang de votre peuple, et à qui vous avez accessoirement attribué des contrats juteux dont les retro-commissions sont allés gonfler vos comptes en Suisse. Les peuples sont sensibles à ces oppositions style David contre Goliath. Cela vous permet de gagner du temps, souder le peuple derrière son Messie qui le défend contre le géant malfaisant.

VII. S’acheter un adversaire dans l’opposition

money-bribe-1

Lorsque les effets de la leçon précédente s’estomperont, que vous le vouliez ou non, il faudra passer la case « élections ». Votre opposition, dans le but de décrédibiliser un processus où vous vous serez donné tant de mal pour modifier la constitution, amoindrir la marge de manœuvre de vos adversaires, les intimider, tentera, injure suprême, de boycotter les élections. A ce moment, souvenez-vous : il faut être deux pour danser un tango. Dans chaque famille, il y a un mouton noir. Il se cache dans le troupeau bêlant de ceux qui vous fustigent au quotidien. Repérez ce délicieux gibier et offrez-lui un appât. En général, il convient de choisir celui qui acceptera de se faire battre le plus largement. Plus le pourcentage que vous souhaiterez voir proclamé en votre faveur à l’issue de cette mascarade sera élevé plus il vous faudra de zéros à aligner sur le chèque pour attirer votre adversaire dans cette piste de danse macabre. Rassurez-vous, chaque homme a un prix au-délà duquel ses convictions disparaissent dans le tourbillon des millions comme les déjections dans les toilettes, un prix auquel on a moins de scrupules à accepter l’inacceptable, un prix auquel on embrasse le diable et on ne trouve pas cela si mal. Achetez-vous un adversaire, un illustre inconnu qui dira que boycotter les élections n’est pas une solution et que choisir une telle démarche c’est s’assurer de vous voir réélu indéfiniment. Gagnez avec un score stalinien et assurez-vous de continuer votre œuvre messianique encore un quinquennat ou un septennat.

VIII. Mettre les institutions électorales au pas

Beaucoup d’apprentis dictateurs pensent que la première institution électorale à contrôler c’est la commission électorale. Grave erreur ! L’institution qui valide les résultats ou non c’est l’armée. Il est important d’y reproduire le même schéma qu’avec l’administration publique. Vous nommez systématiquement les gens de votre village aux postes stratégiques. Vous entretiendrez au sein de votre armée une ambiance délétère de façon à ce qu’elle ne songe jamais à vous renverser. Récompensez ceux qui se sont rendus coupables d’exactions et punissez sévèrement ceux à qui vient l’idée saugrenue de servir l’intérêt public. Une armée républicaine ? Quelle œuvre futile en tant de paix ! Qui vous défendrait, vous contre un peuple épris de justice et de liberté ? Ce qu’il vous faut c’est une garde prétorienne servile et complètement dénuée de jugeote. Une bande d’ignares qui dépasse vos espérances en terme de répression et qui est capable de mater le moindre soubresaut de façon disproportionnée. Il faut frapper les esprits ! Une fois que vous avez une armée à votre solde, désorganisez complètement le processus électoral : gonflez les listes électorales, faites voter les morts et les mineurs, troublez le fonctionnement de la commission électorale, livrez-vous à des provocations régulières de façon à excéder l’opposition qui finit par quitter les assises furieuse. Il ne vous restera plus qu’à tripatouiller les résultats et accuser votre opposition complètement désorganisée de fraude pour compléter le tableau. Et le tour est joué, vous voilà réélu !

IX. Entretenir une méfiance sans limite face aux médias et réseaux sociaux

internet-shutdown-in-july-2012
Vous repasserez demain svp !

Ça y est vous avez gagné les élections transparentes haut la main, les doigts dans le nez, le pied au cul de ces nuisibles d’opposants. Première mesure de votre nouveau mandat : coupez les télécommunications et internet. Vous avez gagné honnêtement, il n’est rien d’autre que le monde ait besoin de savoir. Arrêtez rapidement le correspondant de RFI ou de l’AFP et expulsez-le: défaut de visa, entrée illégale sur le territoire par votre aéroport international, diffamation, traitement tendancieux de l’information, sa tête ne vous a jamais plu ; toutes les raisons sont recevables. Priver votre pays d’internet c’est l’assurance de ne pas voir les fausses informations se répandre sur les réseaux sociaux, cette peste des temps modernes, ce repaire de dangereux terroristes, diffamateurs, ces paresseux qui n’ont rien à faire de leur vie à part vous critiquer, ces comploteurs manipulés par les occidentaux et votre opposition, ces chiens galeux qui trouvent toujours à redire quoi que vous fassiez. Une seule voix compte c’est les médias d’Etat, les mêmes qui diffusent de la musique ou un feuilleton pendant que l’armée est dans la rue matant ce peuple ingrat qui se révolte contre votre belle réélection. Les coups en musique, c’est bien connu, ça sonne mieux !

X. Laissez d’autres se charger des basses besognes

Vous êtes le Messie, vous avez toujours raison, vous ne pouvez donc pas avoir les mains sales. Il vous faut quelqu’un pour se charger des tâches les moins glorieuses, mener la répression, diriger les assassinats ciblés. Il s’agit de quelqu’un qui a toute votre confiance, qui a les pleins pouvoirs pour expurger le pays de cette vermine qui s’oppose etqui braille. C’est celui que les organisations des droits de l’Homme désigneront comme responsable des exactions de votre armée, c’est lui qui sera visé par les sanctions des organisations internationales. Ce qu’il vous faut, c’est un fusible, celui que vous sacrifierez lorsque les choses tourneront mal et que vous devrez donner une tête à couper à la Cour Pénale Internationale pour calmer les opinions publiques occidentales de vos amis qui auront préalables entériné votre élection du bout des lèvres. Vous apparaîtrez ainsi dans votre gloire comme quelqu’un de juste qui ne saurait couvrir le moindre crime. Que disions-nous, vous êtes le Messie, très cher, il est hors de question de remonter sur la croix.

Bonus : Endormir le peuple

Pour que votre pouvoir dure, vous devez impérativement empêcher votre peuple de s’éveiller en ce qui concerne vos agissements, ses droits, et toutes ces choses futiles qui amènent tant d’agitations inutiles. Pour ce faire, point n’est besoin d’émissions subversives à la télé ou à la radio nationales. Flattez les bas instincts plutôt : des clips à la limite de la pornographie pour ces messieurs et des feuilletons pour ces dames suffisent amplement. Pendant qu’ils sont occupés à rêver d’une meilleure version d’eux-mêmes, pensent-ils à un meilleur devenir de la nation ? Non, assurément.

Dernière conseil, et il est gratuit, ne lisez surtout pas les contributions des autres challengers du Blog Contest sur le thème « Devenir un dictateur africain en dix leçons ». Je vous mets tout de même les liens vers les blogs de ces autres personnages subversifs qui tiennent des propos séditieux sur les réseaux sociaux :

Arsène

Christian

Elie

Leyo

Obone

Publicités
Le Dictateur Africain : Starter Pack. Le Kit en 10 leçons pour devenir maître chez vous.

C’est un piège !

1380432_10201710375813908_1916315570_n
My three-year-old self

P’tit Yann, viens sur les genoux de Tonton, il faut qu’on parle.

Depuis un certain temps, tu commences toutes tes phrases par « quand je serai grand… », je t’écoute, et je souris tendrement. Aussi sûr que les feuilles des arbres après la saison des pluies jaunissent, aussi certain que tout objet qui s’élance dans les airs finit par redescendre sauf au Bénin, tu seras grand. Un jour. Dans pas longtemps. Tu seras grand.

Je ne serai peut être plus là pour que tu me racontes les quelques découvertes fantastiques et les nombreuses déconvenues que tu auras traversées. Mais sache que je serai de tout cœur avec toi et que je t’adresserai même si tu ne le verras pas le même sourire tendrement amer que j’ai sur le visage en ce moment.

Vois-tu mon petit père, grandir n’est pas sans danger. Demande à Bambi, il te dira. Le plus grand d’entre eux est sans doute celui que les adultes nomment brutalement « le choix ». Tu as entendu comment le mot siffle derrière ton oreille ? Aujourd’hui, tu as à choisir entre mettre la culotte bleue fluo et le pantalon orange que tu aimes tant. Compote de pomme ou de banane ? Tu trouves ça dur n’est-ce pas ? Pourtant ce sont-là deux choses que tu aimes bien. Dans quelques années, tu apprendras que le champ de tes choix ne s’étendra plus entre deux exquises possibilités mais entre une que tu aimes moins et une autre que tu aimes encore moins, entre une qui ne te plaît que moyennement et une que tu n’aimes pas du tout. Tu n’as pas compris de quoi je parlais ? Voici des exemples concrets: utiliser les 5.000F qui te restent en poche pour payer un forfait internet qui marche un octet sur deux ou soudoyer l’agence de police qui vient de t’arrêter parce que tu conduis une moto sans plaque d’immatriculation. Ou encore choisir entre un stage de deux ans à 30.000F ou un CDD à 50.000F pendant 6 mois. Ne rêve pas de CDI, nous dormirons tous mieux le soir. Université de Lomé ou de Kara ? Je te préviens, les mêmes conditions exécrables t’y attendent. A Kara, ça a juste l’odeur du moins vieux.

NBA dunk san antonio spurs drive to the hoop jonathon simmons
In your face !

Autant que choisir c’est renoncer, grandir c’est renoncer aussi. Si tu suis ma logique, grandir c’est donc choisir. Bon, à 3 ans je ne m’imagine pas que tu comprennes forcément ce processus d’identification mathématique mais retiens-le comme ça. Note-le s’il le faut. Ah j’oubliais, tu ne sais pas écrire, petit veinard parce que c’est avec ça que viennent tous les autres merdes. Plus tu grandiras, plus tu te rendras compte que tous les rêves ne sont pas possibles: tu ne peux pas être avocat et docteur, tu ne peux pas être vétérinaire et pompier en même temps, tu ne peux pas être footballeur et multimilliardaire en même temps, mais ça #EtooPeut. Pourquoi tu ne peux pas ? Bah, parce que c’est comme ça, il faut faire des choix mon petit pote !

Et puis, il y a cette chose insidieuse qu’on ne te dira pas mais que tout le monde attendra de toi: les responsabilités, les assumer notamment. Alors, comment t’expliquer ? Assumer les responsabilités en fait c’est ce que tu es censé faire dans une situation donnée, que tu sois préparé ou pas, que tu sois prêt ou pas, que tu sois d’accord ou pas. Assumer ses responsabilités c’est ce que tu dois faire pour que tout le monde soit content même si ça ne t’enchante pas mon petit vieux. Les grands disent qu’il faut faire ces choses parce qu’elles sont « nécessaires » Et crois-moi, ça va bien te serrer ! Tu reçois des factures ? Tu paies et dans les temps stp ! Tu casses le pare-brise du voisin en essayant de glisser une invitation à ta fête-surprise, bah tu paies. Tu mets la petite graine dans la zezette de Bérénice (bon là, tu ne peux pas mais dans quelques années on en reparle) ? Tu te présentes chez son papa fou de rage et tu lui dis que c’est toi le jardinier. Tu vois un peu ?

Je constate que tu rigoles moins là. Pourtant ce n’est pas fini, ça n’a même pas encore commencé. Tu te rappelles la dernière fois, je t’ai dit que je viendrais te chercher pour aller manger une glace et puis je ne suis jamais venu. Tu as pleuré n’est-ce pas ? Ne joue pas au dur avec moi, ta maman m’a dit que depuis il n’y a plus de kleenex dans la maison. Tu vois ce genre de choses, les adultes se le font entre eux, tous les jours. Ils disent le contraire de ce qu’ils voient, ça s’appelle le mensonge. Ils ne disent pas le fond de leur pensée et se contentent de te dire ce que tu veux entendre, ça c’est l’hypocrisie. Ils font le contraire de ce qu’ils ont promis et tu vas être très triste, ça c’est la déception. Ils diront une chose à l’un et une autre à l’autre juste pour foutre la merde, ça c’est la duplicité. On dirait qu’ils font deux publicités différentes pour le même pot de yaourt. Toutes ces choses on te les fera et tu les feras parce que, te dira-t-on  tout le monde fait comme ça.

Finalement un jour, tu seras suffisamment grand, ces salopards de cheveux commenceront à se faire la malle, tu auras du poil aux aisselles et une sympathique demi-douzaine de factures qui attendent patiemment que ton salaire tombe. Tu te retourneras, regarderas ton parcours et tu te diras que ce n’est pas trop mal tout de même. Tu verras les choix que tu as faits et tu comprendras qu’ils t’ont mené là où tu es arrivé et que sans eux tu serais une personne différente. Tu contempleras les choses auxquelles tu as renoncées et tu te consoleras en te répétant qu’à défaut de t’en avoir appris plus sur qui tu es, elles t’auront mieux appris  qui tu n’es pas. Enfin, tu te diras que les responsabilités quand tu mets de côté l’aspect contraignant, cela t’attache le respect des gens à défaut de leur amour. Et ils te foutent royalement la paix quand tu fais bien ce que tu dois. Tu comprendras que les choix, mine de rien c’est sacrément important, ça te permet de faire le tri. Quand tu auras survécu à l’orage des déceptions, des mensonges, des trahisons et autres incongruités du comportement humain, tu verras que seuls les meilleurs resteront autour de toi. Ceux que tu appelleras légitimement la famille et les amis.

Un jour tu auras trente-trois putain de balais si, si, quand on est grand on a le droit de dire ça pour exprimer sa joie, et tu te diras qu’avoir l’âge du Christ ce n’est pas si traumatisant que ça, sauf quand on n’est pas dans les clous de sa vie (Alerte: jeu de mots) ; que la vie offre des possibilités infinies pourvu qu tu saches la regarder avec des yeux d’enfant. Tu te retrouveras comme le vieux con qui te parle, à écrire un billet sur un blog, désespoir ultime, pour expliquer à l’enfant de trois ans que tu as été que grandir ça peut être moche mais que ce n’est pas trop mal quand même.

Allez descends, allons taper dans un ballon. Mais avant, promets-moi une chose:

NE GRANDIS JAMAIS, C’EST UN PIEGE !

Nota: C’était mon anniversaire il y a deux jours, donc j’ai le droit d’écrire des gros mots dans mon billet.

Allez ciao,

Yann.

C’est un piège !

Profession: J’aimeur compulsif

facebook_like_butonJ’adore commencer mes posts par une réflexion d’ordre général. Mon prof me l’a enseigné et comme je suis bon élève je garde les bonnes habitudes.

 

Les réseaux sociaux ont de façon définitive modifié le rapport que chacun a aux autres. Mon prof aurait détesté un début d’intro aussi « banal et sans relief ». Je suis un bon élève mais j’adore contredire aussi. Alors je disais que grâce à Facebook, Twitter et autres confrères, notre façon d’appréhender l’autre a changé. L’autre ce n’est plus la jolie go dont j’attendais le passage au coin de la rue avant d’aller en cours (quitte à être en retard). L’autre ce n’est plus le petit frimeur qui déclare: »Si vous nous marquez encore un but, je rentre à la maison avec mon ballon tout neuf que Papa m’a ramené de France ». Souvenir d’enfance. L’autre aujourd’hui, c’est une photo de profil aguichante, 135 partages par jour, 2 posts à peine compréhensibles (du moins pour la petite tête que je suis), sans oublier la photo du vendredi pour vous dire à quel point il est content que le weekend commence. Le genre de trucs qui te tapent sur le système parce que toi tu bosses le samedi…mais ça tout le monde s’en fout!

 
Ce microcosme bien pensant et bien intentionné, même parfois trop attentionné est peuplé d’êtres fabuleux (on dirait une phrase sortie tout droit de Zelda ou d’Harry Potter), au rang desquels tu trouves le « j’aimeur » compulsif. Le J’aimeur Compulsif, en majuscule svp, il ne poste presque jamais rien, mais tu postes « je suis triste », il aime, tu postes « ma grande-tante vient de se casser le col du fémur » il aime piam! Jusque là je vous vois sourire doucement. Ca va rigoler moins dans la suite. Il y a une prise d’otage au Kenya (tu vois tu rigoles déjà moins), tu reprends l’article d’un grand journal français histoire de jouer la grosse tête avec ton petit message de compassion, histoire de te montrer concerné, il aime aussi. Chez le J’aimeur Compulsif, l’acte n’est pas réfléchi. Quand il allume son Facebook, les centres nerveux qui traitent la décision sont mis sur OFF. Deux centres restent cependant actifs: celui qui traite la vision et celui qui contrôle uniquement l’index droit. Entre nous, qu’a-t-il à faire du reste? Il est là pour j’aimer. 
 
Le j’aimeur compulsif pourrait passer aisément pour un doux dingue s’il n’avait pas sa faculté exceptionnelle de mémorisation. C’est ça qui le rend dangereux! Malheur à toi si tu le rencontres en ville accroché au bras d’une fille alors que tu es passé sur Facebook de « En couple » à « C’est compliqué » dans la semaine. Il se fait un devoir de saluer ton bonheur retrouvé: « Dis donc, les choses se sont vite arrangées, chui trop content pour vous! » C’est là que la go roule de gros yeux de merlan frit, elle n’a rien capté (ce n’était pas d’elle que tu parlais sur ton Facebook), toi non plus d’ailleurs jusqu’au moment où la tête du j’aimeur te revient dans la gueule comme un boomrang! A ce moment, tu as à peine le temps d’esquisser un rire jaune, qu’il a déjà disparu dans la foule, fier d’avoir accompli son forfait!
 
Tu ne connais sûrement pas tous tes amis sur les réseaux sociaux (allez avoue que tu ajoutes des gens que tu ne connais pas!), mais le j’aimeur compulsif tu finis par le connaître parce qu’il s’est loué un petit boulevard dans ta timeline. Tu le vois partout et tout le temps, mais rassure-toi il te voit aussi. Il est près à tout liker, jusqu’à l’image obscène du petit Somalien affamé dont le vautour attend la mort pour le dévorer. Toi, poste seulement!
 
Mais en même temps, chaque habitant d’un microcosme a toujours une une certaine utilité à défaut d’avoir une utilité certaine. Le j’aimeur compulsif c’est souvent ton dernier recours quand tu cherches la vidéo, la photo, l’article dont tout le monde parle et que par le plus grand des hasards tu as raté, toi. Il est une sorte de mémoire du réseau lorsque honteux de gaspiller autant le temps de travail que tu dois à ton employeur, tu te dis « c’est bon je me déconnecte ». Tu n’es pas très inquiet, ton live recorder enregistre tout! Quand tu consens à faire un peu d’effort, tu te retrousses les manches et tu fouilles sa timeline, tu comprends pourquoi on a traduit le terme en français (timeline) par « Journal ». Jette un œil à son profil et tu as un journal fidèle de tout ce qui s’est passé en ton absence! Utile ou pas?
 
Tout le monde a au moins un j’aimeur compulsif parmi ses amis. Certains adorent les détester, moi je les adore tout court parce qu’il font ce que je n’ai pas le temps de faire bien souvent: donner l’impression à chacun qu’il est important; qu’on a lu, vu, écouté ce qu’il a posté et qu’on l’approuve. En somme le j’aimeur compulsif est une sorte free hugger (?) version 2.0. Que voulez-vous, il faut bien que quelqu’un lise vos 135 partages par jour et 2 posts à peine compréhensibles! Mais comme mes bras ne sont pas tout aussi grands et que je ne peux pas embrasser tout le monde, je distribue parcimonieusement mes « j’aime ». Le like n’est pas un acte aussi anodin qu’on croit, il dit quelque chose de toi et de moi. J’ai coutume de plaisanter en disant que c’est un acte hautement politique que d’appuyer sur j’aime!
 
NOTA: Je vais partager ce post sur Facebook, tu auras envie de « j’aimer », je le sais! N’hésite pas, ce n’est pas parce que tu « j’aimes » un article sur les « j’aimeurs » compulsifs que tu es un gêneur! lol
 
NOTA 2: Bande son écoutée pendant que j’écrivais l’article: 

Enjoy

Profession: J’aimeur compulsif

10 bonnes raisons d’aller voter le 25 Juillet

Urne de vote

Conformément au calendrier électoral, les Togolais en âge de voter sont convoqués aux urnes le Jeudi 25 Juillet 2013 pour le compte des élections « légis-hâtives » comme dirait un aîné. A moins d’habiter plus de 6 mois par an sur la planète Mars, tous les Togolais sont au courant, du moins les sus-convoqués. Dans une campagne peu passionnante où on a moins entendu « programme » que « changement », un processus mené à coup de « j’y vais, j’y vais pas » d’un côté, et de « le chien aboie la caravane passera forcément », une campagne où le pneu avant droit d’un 4×4 de la Coalition Arc-En-Ciel a failli se détacher et venir m’ôter définitivement la vie, une campagne où… bon je passe, quand je commence mes litanies la fin est rarement facile à trouver. Dans tous les cas, je pense qu’il faut réellement être motivé pour aller glisser son bulletin dans la fente ce jeudi. Même si les hommes ont rarement besoin de motivation pour tout ce qui implique glissement et fente, je sens que cette fois-ci il va falloir franchement être motivé. Du coup j’ai pas à vous, oui vous! Je ne pense pas qu’à moi dans la vie. Quelques jours après le Mandela Day j’ai passé à faire ma bonne action. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit l’adage. Je vous ai donc dégoté dix bonnes raisons d’aller faire votre devoir citoyen ce jeudi.

1- Une élection c’est tous les 5 ans, c’est comme la Coupe du Monde, si ton téléviseur a une dent contre toi et décide de te le faire savoir pile au moment où ça commence, tu rates le Mondial et tu en es réduit à te contenter des commentaires et des résumés de matchs à tout jamais. Rien ne vaut le live. Au bureau de vote, tu as également le live: la tension qui règne sur place, les blagues à deux balles, les gens qui essaient de passer devant les autres pour aller plus vite, la sueur (et ce qui s’en suit…hum), les gens qui ont une haleine peu recommandable mais veulent forcément te parler, te parler fort! Je l’avais dit, le vote c’est comme le mondial, tu rates tu meurs!

2- Dans la vie c’est chacun son tour chez le coiffeur. La première fois que j’ai voté c’était en Avril 2005, ça s’est fini en bastonnades, coups de feu et vols d’urnes, euh pardon en « sécurisation d’urnes ». Il n’ y a aucune raison pour que les jeunes qui ont atteint la majorité de vote entre 2010 et maintenant ne connaissent pas leur lot de « déjà frappés ». La République est égalitaire, elle doit pourvoir les mêmes chances pour tous ses enfants, de ce fait on doit bastonner aussi les nouveaux venus sinon il y aurait une injustice de plus sur la terre de nos aïeux.

3- Quand on commence quelque chose il faut toujours le terminer. C’est un principe important quand on veut progresser. Cela fait bientôt deux semaines que les partis dépenses des sommes pas croyables en gadgets notamment des t-shirts que la plupart ont pris pour pouvoir dire enfin qu’ils ont des vêtements neufs tellement « pauvreté est devenue trop dans ce pays »; des t-shirts qui vont devenir maillot pour certains. Rien que pour l’effort caritatif fait et parce que nous ne sommes pas un peuple ingrat, il convient de voter pour les partis…ou leur adversaire. UNIR sorry for you!

4- Nous ne sommes pas des saboteurs. Ne pas voter ce serait saboter tous « les nombreux efforts entrepris par le Chef de l’Etat pour moderniser le pays » dixit…euh, eux tous, je parle des griots déguisés en Ministre de la République. Peut être qu’après avoir voté on arrêtera de voir sur les panneaux de début de travaux publics que c’est une institution internationale qui finance la construction de la nouvelle route. Merci qui? Merci la coopération internationale! Ah oui, merci Faure aussi: il sait si bien se coucher devant les bailleurs de fonds internationaux pour nous obtenir des prêts que nos enfants n’auront jamais fini de payer pendant que ses nombreux enfants à lui auront bénéficié du détournement desdits prêts. Je l’ai dit, nous ne sommes pas des saboteurs, allons voter!

5- Il faut bien faire semblant de croire les promesses démagogiques faites par les uns et les autres. Si nous n’allons pas voter, on n’aurait plus de raisons de détester cordialement la médiocre classe politique qui se dispute le pouvoir dans notre pays depuis plus de deux décennies. Si on ne va pas voter comment espérer voir pousser dans nos villages les fontaines d’eau potable promises, comment nos femmes accoucheraient au dispensaire de proximité construit par Monsieur le Député de sa propre poche? Si vous voulez que nos marigots se transforment en piscines toutes neuves, vous savez ce qu’il vous reste à faire!

6- Il faut absolument voter sinon les marches ne vont jamais cesser! Mon Dieu, je n’y avais pas pensé! Les cordons policiers qui empêchent de circuler dans Lomé le samedi, les journées « Ville Morte », les jeunes hommes surexcités (c’est tout relatif parce qu’avouons-le, certains ont dépassé l’âge) qui menacent les automobilistes, tout cela continuera si nous ne leur permettons pas de partager le pouvoir avec les geôliers qui tiennent les clés de la prison à ciel ouvert qu’est devenu le Togo. Si vous ne votez pas c’est comme si vous étiez contre eux parce que c’est bien connu le vote populaire, tout le vote populaire appartient à ceux qui n’auront réussi à sauver le Togo que de Kodjindji à la plage, et encore quel sauvage, oups quel sauvetage!

7- Nous devons permettre à nos étudiants de changer de leader! C’est clair que s’il n’est pas élu, nos pauvres étudiants sont perdus. Etre dirigés par quelqu’un qui a choisi que ses ambitions personnelles prennent le pas sur sa mission d’assurer des conditions décentes d’études à ses camarades, quelle galère! Les miettes tombées de la table du prince, qu’il leur lance en guise d’aide quand son bon vouloir en décide, ils peuvent leur dire adieu. Seule solution pour les étudiants: faire élire le gars qui semble dire sur la photo: »J’ai perdu 40kg en un an, tu veux connaître mon secret? » autrement, vu comment le gouvernement réagit aux revendications des opposants, je ne doute pas de la réponse systématique que recevront les prochaines revendications d’étudiants conduits par un opposant: ce sera non!

8- Ne pas voter ce serait refuser à son pays l’accès aux médias internationaux, ce serait un crime! En effet, c’est parce que nous voterons qu’il y aura décompte des voix, qu’il y aura contestations, qu’il y aura ce que Ras Ly appelle « Gbangban Electoral » et c’est grâce à cela qu’on parlera de notre minuscule Togo sur les médias internationaux! On pourra ainsi entendre Gilbert Barre-toi d’là déclarer que le vol a été tout à fait transparent et Jean-Pierre Fable s’autoproclamer président élu des Togolais, même c’est une élection législative, we don’t care, toutes les occasions sont bonnes.

9- Voter le 25 Juillet c’est contribuer à la réduction du chômage au Togo. Vous ne me croyez pas? Eh bien, vous n’êtes pas sans savoir que le marché de l’emploi est dur au Togo. Si 3 millions de personnes peuvent contribuer à ce qu’il y ait 91 chômeurs en moins, je suis preneur! Et quel job? Payés des centaines et des milles pour lever la main un fois par mois sur des choses qui ne changent la vie de personne, c’est merveilleux. Pas de stress, pas d’obligation de résultat… j’en rêve d’ici. Je comprends mieux pourquoi neuf chômeurs se battent depuis des années pour y retourner. Suivez mon regard…

10- Il faut voter tout simplement parce que c’est votre droit! Dans ce pays où les gens n’ont jamais droit à rien, où il faut soudoyer les fonctionnaires gras et repus de l’administration pour obtenir quelque chose auquel vous avez droit en tant que citoyen de notre merveilleux pays, voter est un des rares droits qui s’exerce gratuitement, même si le prix à payer par la suite est fonction du mécontentement de ceux contre qui vous aurez voté…

Vous l’aurez compris c’est juste de l’humour. Personnellement je ne vois aucun enjeu à ces élections qui se profilent, je ne vois pas le bout du tunnel poindre au travers des bavardages stériles de nos politiciens, cela ne m’amuse que moyennement de voir la médiocrité dans laquelle ensemble ils baignent déjà et cherchent désormais à plonger le peuple togolais tout entier. Voter est un droit que notre peuple a conquis de haute lutte. Même si notre voix n’est pas entendue, il faut l’exprimer au moins.

Je n’appellerai pas à voter pour qui que ce soit, c’est irrespectueux pour l’intelligence des gens. Je peux tout du moins dire que j’irai voter jeudi, j’irai voter blanc pour montrer que je ne cautionne ni la gestion sanguinaire du régime UNIR qui appauvrit les Togolais et crée un fossé entre la majorité silencieuse et la minorité que le président lui-même accuse de s’accaparer la plupart des richesses du pays, oubliant qu’il est le premier d’entre eux, montrer que je ne cautionne pas non plus les errements du CST/ANC qui ne propose aucune vision d’avenir pour les Togolais, qui pense que le pouvoir se ramasse dans la rue, manque de respect à nos mères et nos femmes et peine à donner espoir aux jeunes. Ne pas voter ce serait se foutre du gouffre vers lequel va le navire Togo, j’irai donc voter pour distribuer un carton rouge à ces faux Togolais plus passionnés par leur intérêt personnel ridicule que de donner un vrai cap à ce pays.

10 bonnes raisons d’aller voter le 25 Juillet