Bons baisers de Bè

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Le 24 Avril 2005 vers 17H30, j’étais devant le portail de celle que j’appelle affectueusement ma tante à Bè avec mon meilleur ami. Nous avions l’index noirci par l’encre dont nous apprendrions plus tard qu’elle n’avait d’indélébile que le nom. Je venais pour la première fois de toute ma vie de voter pour des élections historiques : la première à laquelle GNASSINGBE Eyadema ne participait pas. Il était décédé deux mois et demi plus tôt, précipitant les élections qui devaient se tenir initialement en Juin 2008. Je vous passe les détails absolument affolant sur les conditions d’organisation de ces élections. Revenons à ce souvenir que je racontais donc.

Nous étions à ce portail, discutant de nos espoirs, des perspectives, les bureaux de vote fermaient dans 30 minutes quand on entendit une clameur s’élever, puis des enfants courir dans notre direction. Et puis… et puis… et puis les premiers coups de feu. Faure Gnassingbé venait de prendre le pouvoir et d’enterrer par là même nos espoirs d’alternance à ce moment historique, les chances du Togo d’assister à autre chose que la gestion calamiteuse que le pays avait connu les 38 années précédentes. Tout venait de commencer ce jour-là.

Tout commence toujours à Bè. Lomé a commencé à Bè. C’est ce que dit la légende et que nous avons répété comme des pies savantes pendant notre scolarité : la ville aurait été fondée au XVIème siècle par un chasseur qui s’y est établi et en a donc fait le tout premier quartier de Lomé. Bè c’est le cœur de la vieille ville de la capitale togolaise, la partie sud en bord de mer. Je suis né dans cette partie de la ville, mais pas à Bè, plutôt à Nyékonakpoè. Nyékonakpoè ce n’est pas Bè, c’est tout le contraire même ! C’est le beau quartier, le repaire des expatriés, là où toutes les administrations sont à cinq, dix minutes de chez toi, là où la petite bourgeoisie loméenne. Mais par la force des choses, les années qui s’écoulent, je me rends compte que j’ai un attachement quasi physique à Bè. Mon cœur est à Bè. Je ne traverse jamais Bè en voiture sans avoir une fois l’occasion de sourire ou de m’énerver contre un taxi-moto qui traverse la voie sans prévenir. Bè est passionné, passionnant.

Vous interrogerez les gens qui sont de Bè (qui sont les seuls rares à se revendiquer authentiquement comme étant autochtones loméens), ils vous diront que Bè est dans Lomé mais que Bè c’est un endroit à part à Lomé. A Bè, on a un beau concentré de Lomé dans toute sa variété, sa diversité : les maisons au haut standing côtoient les maisons sans âge dont les tôles en zinc rouillées par le vent de mer contemplent quotidiennement le soleil en lui dardant leur indifférence la plus hautaine. Les voitures flambant neuves aux peintures rutilantes toisent les vieilles Yamaha que même la rouille a peur d’attaquer sur les routes complètement défoncées. Mais ce qu’il y a de plus beau à Bè, ce sont les gens.

Les gens de Bè sont superbes : ils sont débrouillards, fiers de leur quartier. Les gens de Bè sont des insoumis à l’esprit rebelle jamais dompté. Les gens de Bè savent que la République les ignore et ils adressent un bras d’honneur géant à cette salope indigne.

Source: http://www.togo-confidentiel.com/
Source: http://www.togo-confidentiel.com/

Après toutes ces lignes, cher lecteur, tu te dis sûrement que je vais faire un post sur mon amour pour Bè. J’aurais pu. Mais si je parle de Bè aujourd’hui, c’est parce que Bè c’est le parent pauvre du développement de la ville de Lomé. J’ai beau y réfléchir je n’y vois pas d’autre explication que celle-ci : depuis l’aube des années 90, Bè est le berceau de l’opposition togolaise. Entre Bè et l’opposition togolaise, plus qu’un mariage de raison, c’était une alliance d’amour. Et les gens de Bè paient jusqu’à ce jour le prix de cette hôtesse gênante. C’est dans la fameuse lagune de Bè que l’armée togolaise se débarrassait des corps des manifestants froidement abattus par le régime de Eyadema Gnassingbé, père de l’actuel président de la République. C’est à Bè qu’avaient lieu des manifestations quotidiennes aux premières heures du multipartisme au Togo. C’est aussi à Bè qu’a eu lieu la scène qui a fait le tour des télés du monde avec un militaire s’enfuyant avec une urne sous le bras le 24 Avril 2005. C’est à Bè que j’habitais lors de la proclamation des résultats quelques jours plus tard, quand mécontent du résultat de ces élections assurément fraudées par le régime militaro-clanique qui dirige encore ce pays, je me suis joint aux jeunes du quartier pour dresser des barricades contre l’armée togolaise qui quadrillait déjà la zone. La répression qui s’en est suivi tout le monde la connaît : des centaines de victimes, des réfugiés partis traverser les frontières, les inscriptions « déjà frappé » sur les murs. Ce jour-là, un militaire à une cinquantaine de mètres de notre barricade a ouvert le feu. Personne n’a été blessé mais les balles ne sont pas passées loin. Maladresse ou miséricorde divine, je n’ai plus jamais eu le droit de sortir de chez moi pendant cette période sombre.

Note: Attention le militaire que vous voyez sur ces images ne fuit pas avec cette urne, il la sécurise et la protège contre les dangereux manifestants. Version officielle! Epargnez-vous vos commentaires! Merci. #Ironie

Bè a payé le prix fort, bien plus que tous les autres quartiers de la capitale son soutien à l’opposition togolaise. Et encore aujourd’hui alors que le pouvoir de Faure Gnassingbé est en pleine campagne électorale, revendiquant dans son bilan avoir construit de belles routes partout à Lomé et à l’intérieur du pays, je veux demander : Monsieur le Président où sont les routes de Bè ? Où en est la rue de l’OCAM complètement défoncée et inondée dès que le ciel libère un peu de pluie sur Lomé ? Où est la belle route qui va de l’Hôtel de la Paix en plein purgatoire jusqu’au rond point Yesuvito derrière l’aéroport international flambant neuf qui porte le nom de votre géniteur indélicat ? Ah vous me répondrez que les travaux ont commencé, je vous répondrais : quel timing ! C’est quand même curieux que ce soit à la veille des élections que les travaux aient commencé. Travaux, donc plus de lieu d’expression de la colère populaire, plus de chaussée pour se rassembler et brûler les pneus, plus de lieu pour manifester n’est-ce pas ?

Les habitants de Bè sont restés en marge du « fauremidable » développement qu’a connu la ville de Lomé durant vos deux mandats qui prennent fin. Aucune administration n’est venue s’installer, aucun bâtiment public construit mais par contre le pouvoir en place a envoyé un signal fort aux gens de Bè en faisant déménager le ministère de la sécurité sur la rue de l’OCAM à l’entrée sud de Bè dès 2005. Le message était clair : vous bougez, on vous mate. Et ça n’a pas raté ! L’éclairage public ne fonctionne pas tous les soirs à Bè, mais un ministre dont je tais le nom a fait installer des poteaux électriques jusque devant chez lui, et rien que devant chez lui. Tant pis pour les voisins plongés dans l’obscurité !

Vois-tu cher lecteur, si j’évoque le cas de Bè, ce n’est pas parce que c’est mon quartier de cœur (quand même un peu !) mais c’est surtout parce que son cas est symbolique de comment l’administration Gnassingbé père puis fils traite ceux qui refusent de se soumettre, comment elle laisse en marge les Togolais qui sont nés du mauvais côté de la route. Le cas de ce quartier martyr met en lumière les disparités de traitement et le fossé grandissant qui se creusent entre ceux qui bénéficient du système et ceux qui se dressent contre lui. Bè n’est malheureusement pas un cas isolé, les villes de l’intérieur ciblées comme place forte de l’opposition togolaise vivent des situations similaires.

Alors, que les uns mènent leur campagne à coup de slogans mielleux, de gadgets tous aussi délirants les uns que les autres, de panneaux routiers version géante, de sites internet incomplets car bâtis à la va vite, de bilans tout en demi-vérités présentés comme des réussites éclatantes, je regarde Bè et j’ai le cœur serré.

Monsieur le Président, la République que vous incarnez choisit qui est son enfant et qui ne l’est pas, votre administration pratique un véritable apartheid social qui divise les Togolais entre eux, monte les uns contre les autres. Le népotisme et le gangstérisme économique et politique sont l’empreinte la plus marquante qui restera de ces deux quinquennats absolument médiocres que vous venez de boucler. Ne nous y trompons pas, le ciel de la République très peu démocratique que vous dirigez n’est pas si bleu que vos affiches de campagne maladroitement photoshopées tendent à le montrer. Une grande réussite à mettre à votre actif cependant dans ce domaine: vous avez permis à une bande communicants médiocres d’invite une grande variété de jeux de mots-de jeux de maux?- dont le seul génie réside dans le changement du « O » de l’adjectif « fort » par « au ».

Alors quand dimanche après-midi, j’ai vu, planté sur le trottoir le panneau de campagne avec marqué dessus « Faure, l’homme du peuple », tout près du château d’eau de Bè, lieu symbolique de la désertion de la République, mon sang n’a pas eu le temps de faire un tour : il a fait demi-tour entre mon cœur et mon cerveau. Faure Gnassingbé serait donc l’homme du peuple ? Celui qui a une peur phobique des bains de foule, et qui ne visite pas les dames dont le marché a brûlé, celui qui n’est pas capable de se faire prendre en photo avec des vrais écoliers parce qu’il a fait fermer les écoles où vont nos enfants, celui qui se soigne à Paris pendant que les Togolais meurent d’un mal de tête, celui-là serait l’homme du peuple. L’homme de quel peuple ? Celui de la République des copines ou celui des veuves éplorées ? Celui de la majorité ou celui de la minorité qui profite de la croissance tirée par les cheveux qu’une conjoncture positive lui a permis de mettre rapidement à son actif ? Si vous êtes l’homme du peuple que vous prétendez Monsieur Gnassingbé vous n’aurez pas peur de venir faire un bain de foule sur l’avenue Augustino de Souza ? Cap ou pas cap ? (ceci n’est pas un sinistre de jeu de mots!) Le défi est lancé !

Vous savez, je ne vais pas faire de faux suspense pour le 25 Avril, tout le monde sait que je ne voterai pas pour Faure Gnassingbé, je ne validerai jamais la fourberie avec laquelle il s’est soustrait à la question des réformes constitutionnelles, jamais je ne voterai pour quelqu’un qui croit que le peuple est amnésique et qu’il suffit de gommer le logo du RPT, supprimer son patronyme pour ses affiches électorales pour nous faire croire que le demi-siècle de dictature est fini. Il s’appelle Faure Gnassingbé, pas Faure, mais bien Faure Gnassingbé, rappelons-le lui, qu’il sache qu’on sait qu’il n’est pas tombé du ciel, qu’il est le fils de son père, qu’il a été son ministre, son bras droit.

On a dit que les gens de Bè sont des vauriens, des éternels empêcheurs de tourner en rond. J’ai personnellement dit que Jean-Pierre était uniquement le président de la République de Bè Kodjindji à la plage uniquement. On a dit que les gens de Bè étaient champions dans les marches de protestation. J’ai dit que les habitants de Bè avaient tout compris à la consigne « manger, bouger » parce qu’ils étaient experts à la marche, mais ce que je n’ai pas dit jusqu’à présent c’est que pour attraper ma voix dans les urnes, Monsieur Gnassingbé, plus que marcher, vous pouvez toujours courir !

Une voix en moins.

Bon baisers de Bè

J’avais en tête cette chanson en écrivant. L’hymne d’une révolution, un vent de liberté. Enjoy

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Bons baisers de Bè

Faurmidable, vous avez dit ?

Source: http://www.clipartbest.com
Source: http://www.clipartbest.com

*CECI EST UNE PARODIE*

Merci ne pas en tenir rigueur à l’invétéré impertinent que je suis.

Avant de commencer la lecture il vous l’instrumental

Fauremidable, Faaaauuurmidable,

Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables

Fauremidable
Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables

Eh l’ fauteuil, oups : électeur
Je vais pas vous blaguer, promis j’irai
Je suis l’héritier et depuis 2005 putain
J’traîne à faire les réformes mais bon c’est pas… Eh reviens !
5 ans de plus quoi j’ vous ai pas volé, le pays est joli, tout va
Les urnes sont un peu faure bourrées, c’est  pas grave pourtant
Toujours à contester vous ! Vous l’auriez fermée que je serais

Fauremidable, Faaaauuurmidable,
Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables
Fauremidable
Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables

Oh ! Tu t’es regardé, tu t’crois beau
Parce que tu t’es opposé
C’est que le Togo mec, t’emballe pas
A te la péter, à t’ la jouer Mandela
Et puis les millions de la CEDEAO tu leur en as parlé ?
Si tu veux j’ le dis comme ça t’es repéré
Et ça s’ dit prési aussi, enfin si vous gagnez
Attends 5 ans, 10 ans et là vous verrez
Si c’est

Fauremidable, Faaaauuurmidable,
Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables
Fauremidable
Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables

Et Douti, ah pardon Tsevi
Tu sais en politique ya que le peuple qui est cocu
Si UNIR s’accroche c’est parce qu’on a peur de partir
Si ANC participe c’est parce qu’il y a du blé à se repartir tiens !
Pourquoi tu m boudes ? Bah reviens baltringue
Et qu’est ce que vous avez tous ? A me regarder comme un prince, vous
Ah vous avez des seins vous
Bande de pervers !

Donnez moi une paire de fesses, elle sera

Fauremidable, Faaaauuurmidable,
Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables
Fauremidable
Tu étais faurmidable, j’étais faureminable
Nous étions fauremidables

Faurmidable, vous avez dit ?

Jeunes et Cons

Une manifestation contre l'apartheid. Afrique du Sud, années 60.  Source: www.huffingtonpost.com
Une manifestation contre l’apartheid. Afrique du Sud, années 60. Source: http://www.huffingtonpost.com

Chère Delali,

Pour commencer, permets-moi de te dire la surprise que j’ai ressentie en constatant la rapidité avec laquelle tu as pu décider, écrire et publier cette lettre.

Contexte :

Je tweete. Tu me réponds dans la foulée, je refais une réponse à la suite… et disons, une heure, une heure trente minutes plus tard, le post était en ligne. Permets-moi de dire une chose ici : bah BRAVO ! Bravo parce que je suis impressionné par la facilité et la célérité avec laquelle tu peux écrire quand je mets cela en perspective avec a contrario la lenteur avec laquelle je me réfléchis, décide, écris puis publie un post. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que mon rythme de publication de croisière se situe autour de un post tous les trois ou six mois selon les périodes. Il ne me reste donc plus qu’à te remercier de m’avoir foutu la pression et de m’avoir sorti « manu epistolari » de ma torpeur habituelle que je chéris tant. Bravo Madame ! Il n’y a donc plus de liberté à écrire lentement dans ce pays ! Après vous irez tous marcher à Paris disant que vous êtes Charlie, bravo ! Trêve de bavardage, un auteur très célèbre dont je ne connais pas le nom (mais qui est célèbre quand même) disait : « Quand il faut y aller, il faut y aller ! »

Puisqu’on est jeunes et cons,

Vois-tu chère Délali, je suis un homme qui se pose des questions. Autant les gens comptent leur argent, autant je compte au quotidien mes questions sans réponse. J’aurais aimé avoir cent réponses à chacune d’entre elles mais la vérité c’est que les réponses ne semblent pas se bousculer au portail de ma pensée. Et une des questions qui me taraudent le plus c’est comment on en est arrivé là ? Comment après 25 ans de lutte démocratique on en est arrivé à cette indifférence généralisée et métastasée de notre génération et plus préoccupant encore, de celle qui nous suit ? Comment peut-on ne pas trouver grave ce qui se passe au Togo actuellement ? Comment peut-on si peu s’impliquer dans les décisions qui risquent de définir notre avenir commun dans ce pays ? Comment…comment…

Je vais jeter un regard sans concession sur cette génération qui met plus de générosité à s’amuser qu’à changer les choses. On m’en voudra sans doute, mais je crois que sincèrement il faut que les vérités soient dites à un moment donné.

Delali, mon constat est amer. Amer de voir que toutes les pertes en vies humaines, tous les exils politiques, académiques, économiques sont en train de se perdre, de se noyer dans une sorte d’évanescence de la mémoire, une mémoire qui se trouble comme la vue se trouble avec les années. Quand je vois la désinvolture avec laquelle la jeunesse togolaise d’aujourd’hui aborde la question politique et sociale, j’éprouve une immense douleur pour tous ceux qui ont fait des sacrifices allant de leur liberté, à leur vie en passant par leur santé et leurs liens familiaux. Je me souviens de cette période sombre où nous ne pouvions tout simplement pas aller à l’école parce que Lomé était en état de siège permanent, que les coups de feu à balles réelles sifflaient dans les rues de la ville au quotidien. Je me rappelle de ces camions de l’armée qu’on entendait traverser Lomé à toute vitesse le soir alors que le couvre-feu était en vigueur et qui partaient au loin, disait-on, se débarrasser des corps des victimes de la journée. Oui, il y a eu des morts, des blessés par milliers, des exilés dans les mêmes proportions pour que vienne la démocratie et le multipartisme que la jeunesse de ce pays réclamait passionnément dans toutes les villes à l’époque.

Aujourd’hui que voit-on ? Une jeunesse qui a perdu les repères et qui refuse obstinément de reprendre le flambeau de ses aînés, une jeunesse qui accepte pas par résignation mais par choix que la lutte reste inachevée, une jeunesse qui ne sait pas et qui ne veut pas savoir, une jeunesse a pris le parti du confort contre celui de l’avenir commun dans la justice et la paix. Ce que je vois aujourd’hui c’est une jeunesse égoïste dont je fais partie et qui a choisi qu’avoir un travail rémunéré, une voiture, une maison et un compte en banque garni étaient suffisant tant que la paix sociale lui permettait de continuer à prospérer, une jeunesse dont l’urgence est de s’amuser, dépenser, consommer et ressembler tant que cela est possible à cette jeunesse désabusée d’Occident qui erre sans but entre causes futiles et engagements frivoles, une jeunesse, comme on dit au Sud du Togo, qui a bu l’eau du puits et qui l’a refermé ensuite. Cette jeunesse que je pointe du doigt, c’est celle-là qui n’a aucune opinion politique, qui n’a pas de conviction philosophique et sociale, c’est cette jeunesse qui te répond « S’il fait un troisième mandat, ça vous fait quoi ? », et celle qui te lance à la figure « Le Togo pour moi c’est fini, je n’y viens qu’en vacances ». Je m’inquiète au plus au haut point de cette jeunesse qui est si heureuse de vivre à genoux alors qu’elle aurait tant de mérite à se dresser et dire  « vainquons ou mourons mais dans la dignité ». Délali, je t’avoue que quand je chante l’hymne national, à cette partie, je me tais honteusement.

Puisqu’ils sont vieux et fous

Il serait cependant si injuste de peindre la jeunesse togolaise comme unique coupable de ce défaut d’engagement sans parler de ceux qui sont en grande partie responsables de cette situation. Ceux qui sont responsables c’est eux ! C’est ceux qui ont fermé définitivement les portes de la vie publique aux jeunes Togolais, c’est ceux qui s’accrochent à leurs prérogatives et aux privilèges acquis au fil des années. Les coupables c’est vous, Messieurs, Mesdames de la classe politique togolaise. C’est vous qui empêchez le renouvellement générationnel à la tête des partis, c’est vous qui vous présentez ad vitam aeternam aux élections et qui tombez dans la colère la plus noire parce que quelqu’un ose dire que peut être en amenant cette fois-ci un cheval différent à la course on pourrait la gagner, c’est vous qui portez votre égo en épingle au lieu de chercher l’intérêt commun et le compromis intelligent, c’est vous Messieurs, Mesdames qui vous accrochez toutes griffes dehors à ces fauteuils qui appartiennent au peuple du Togo et dont vous avez fait votre propriété privée, c’est vous qui avez accepté sans sourciller une succession dynastique à la tête de l’Etat, du fils au père alors que vous avez servi le père pendant des décennies et que votre ambition naturelle aurait pu vous guider à empêcher cela. Oui c’est vous qui corrompu la jeunesse de ce pays, c’est vous qui avez jeté les miettes de la richesse de ce pays à quelques jeunes sans ambition et sans cervelle pour acheter la paix sociale.

Nous vivons aujourd’hui Delali, avec une acuité sans précédent le divorce entre la classe politique et ses électeurs de demain. Une jeunesse que des hommes sans vision ont convaincue que le meilleur moyen de réaliser ses rêves, c’est de rêver petit et immédiat. Une jeunesse à qui on a fait croire que le gain facile d’aujourd’hui était suffisant et que ne fallait pas en demander plus. Une jeunesse à qui on fait croire que construire les routes et les infrastructures dont nous avons été privés pendant deux décennies était le signe que le pays avançait, et que c’était une faveur que l’on nous faisait. Une jeunesse dont on achète méthodiquement et systématiquement le silence.

Délali, je suis direct, il ne me semble pas utile d’offrir un troisième mandat à l’exécutif actuel pour qu’il déclare enfin un Quinquennat de la Jeunesse. Celui qui s’est vendu au Togolais comme étant un président jeune et qui est entouré depuis une décennie des antiquités du parti unique peut difficilement me convaincre s’il ne comprend pas qu’en dehors ce mirage phosphatique qui s’évapore avec les années, la véritable richesse de ce pays c’est sa jeunesse. Je doute des intentions de ceux qui disent penser à la jeunesse et qui mettent en œuvre des projets où on prête trente mille francs aux gens pour lancer une entreprise. Je doute de la bienveillance de ceux qui lancent des programmes pour que les zémidjans deviennent entrepreneurs comme si zémidjan c’était un métier que les gens font par choix, par plaisir.

Je m’en vais clore cette missive, en envoyant à travers toi une exhortation à toute la jeunesse togolaise. Tu dis Delali que tu t’es récemment teintée d’une couleur politique. Même si tu ne la dévoiles pas dans ta lettre (ce dont je te suis reconnaissant), je peux te dire qu’en tant qu’ancien graphiste, je ne souffre pas de daltonisme : ta couleur, je la vois bien. Laisse-moi te dire qu’il vaut mieux cela que ne pas être engagé(e) du tout. Il faut bien que des jeunes comme toi entrent dans l’arène, peu importe la couleur des armoiries que tu défends, pour que nous, jeunesse de ce pays puissions nous emparer à nouveau du débat public et l’amener à un autre niveau que la médiocrité à laquelle nous sommes habitués depuis quelques années. We are watching you !

Quant à moi, je n’ai toujours trouvé personne à suivre. Je réfléchis toujours, et comme ça prend du temps comme d’habitude avec moi, je retourne mes questions dans ma tête. Mais le moment vient. You’ll be watching me too…

Tu as cité d’entrée Corneille et Le Cid. Moi qui n’ai lu que très peu de classiques, je vais tenter de te faire passer toutes mes espérances en paraphrasant MC Solaar. Quoi ? Chacun a les références de son niveau non ? J’aurais, qui sait, plus de succès pour toucher leur cœur en citant, une référence qui est plus proche dans le temps de notre génération que Corneille. L’espoir fait vivre.

« Peut être comprendront-ils le sens du sacrifice, la différence entre les valeurs et puis l’artifice. »

Tu auras peut être été choquée par la façon hargneuse dont j’ai nommé mes axes de développement. Ce texte ne m’appartient pas, mais à Damien Saez dont j’ai écouté la chanson alors que je cherchais un angle pour te répondre. Je te souhaite bien du plaisir en écoutant la chanson.

Cordialement,

Le Petit Togolais Libre

Jeunes et Cons

Vous n’êtes pas Charlie, Monsieur !

Source: africatime.com
Source: africatime.com

Monsieur le Président,

Il est des moments où le citoyen que je suis se pose des questions. Des questions simples et lourdes de sens. Je me pose des questions auxquelles vous êtes seul à pouvoir apporter une réponse. Cependant, je vous arrête tout de suite: je suis loin d’être naïf; vous prenez rarement la peine de répondre à mes concitoyens; qui suis-je, moi pour que vous daigniez tourner votre regard présidentiel vers ma missive sans grand intérêt géopolitique ?

Monsieur le Président, quelle ne fut ma surprise – même mon effroi! – quand j’ai appris que vous vous joigniez au cortège du peuple de Paris sorti rendre hommage à ses victimes et réaffirmer son attachement aux valeurs qui fondent la démocratie française.

De la nécessité d’être prophète en son propre pays

Voyez-vous, Monsieur le Président, ce n’est pas tant votre énième voyage, officiel et officieux TTC (Toute Turpitude Comprise) qui me pose problème. A Lomé, on est habitué à s’interroger si vous êtes dans votre palais ou en pérégrination dans une lointaine capitale occidentale  sous je ne sais quel prétexte (sommet international ou shopping de luxe). Tout le monde sait que tous les prétextes vous sont acceptables tant qu’ils vous éloignent de l’ennuyeuse gestion de ce pays qui attend un Chef d’Etat, un guide alors que tout ce vous avez à offrir c’est votre silence et votre absence où se mêlent indifférence et mépris. Ce qui me choque c’est l’empressement avec lequel vous vous êtes rendu à Paris, avec vos autres collègues africains, comme sommés de participer ou de vous faire représenter à la grand’ messe du #JeSuisCharlie (voilà ça, c’est dit!) Quelle est donc cette compassion que vous éprouvez si intensément qui vous fait prendre l’avion un soir d’hiver aux frais du contribuable togolais pour vous rendre à plus de 6000 km d’ici pour soutenir un peuple qui a été frappé par le terrorisme ? Est-ce que nous nous serions collectivement trompés, moi le premier, sur votre humanité et votre sens de la compassion?

Monsieur ce que nous aurions aimé c’est vous voir plus présent là où les Togolais souffrent, là où mes concitoyens pleurent. Nous vous aurions applaudi bottes en latex aux pieds, chemise ouverte, manches repliées à rendre visite à nos populations déplacées par une énième crue dont le Zio a le secret. Vous vous seriez attiré les faveurs des dames du Grand Marché consolant les commerçantes éplorées par la perte de leur fonds de commerce réduit en cendres en même temps que partaient en flamme les marchés de Kara puis de Lomé. Monsieur, que vous auriez été admirable à vous rendre dans la maison du père du jeune Douti, écolier qui manifestait pour de meilleures conditions d’études, abattu comme du bétail par les forces qui prétendent préserver la sécurité des Togolais, pour lui présenter les condoléances de la Nation toute entière  ! Monsieur le Président, vous auriez été juste parfait si vous aviez instruit votre ministre de l’Enseignement Supérieur de donner et ce sans délai les instructions pour que l’eau courante et l’électricité soient rétablies dans la cité universitaire de Lomé où le désœuvrement côtoie sans honte la pire des désespérances que peut connaître la jeunesse de ce pays.

Nous aurions espéré vous voir vous mobiliser et vous lever avec vos collègues africains, comme un seul homme pour condamner les 2000 personnes odieusement massacrées par Boko Haram la semaine passée au Nigeria, une petite marche républicaine à Abuja n’aurait pas été superflue je vous le garantis Monsieur. Ou bien 2000 victimes valent-elles moins que 17 victimes en France ? Il faudrait qu’on comprenne…

Malheureusement vous n’avez pas fait cela, mais ce dimanche vous avez trouvé le temps de marcher dans les rue de Paris.

Charlie ou charlot ?

Source: Le Huffington Post

Oui vous étiez là, accompagnant avec vos petits camarades (petits dans l’esprit et petits dans les actes) comme des valets des puissants de ce monde pour défendre des valeurs qui sont largement méconnues dans le meilleur des cas, et totalement bafouées dans le pire, chez nous. Avez-vous entendu le peuple de Paris crier « Charlie! Charlie! J’ai pas peur »? Cela a-t-il remué quelque chose en vous, avez-vous eu une pensée pour les Togolais traqués, pourchassés, persécutés et qui sont absolument terrorisés par des gens qui prétendent agir en votre nom ? Monsieur le Président, avez-vous pensé à tous ces journalistes togolais empêchés d’exercer parce que n’étant pas favorables à vous et les intérêts du groupuscule de profiteurs serviles qui vous entourent ? Monsieur le Président, ce que vous avez vu à Paris vous a-t-il convaincu que l’unité nationale, celle de Togolais frères par le sang, fils de la même terre était le seul moyen pour le Togo d’aller de l’avant ? Est-ce que tout ceci vous aura convaincu que tant qu’une partie des Togolais opprimera l’autre, tant que les droits de certains ne seront pas respectés pendant que d’autres s’octroient sans cesse des passe-droits, nous préparons le terrain pour que des enfants de ce pays prennent les armes contre ceux qui leur dénient la citoyenneté pleine et entière ? J’ose à peine l’espérer même si je n’en suis que peu convaincu.

Monsieur le Président, nous vivons dans un pays où la liberté de rassemblement est strictement encadrée. Tout Lomé vit dans la psychose chaque fois que l’opposition prévoit des manifestations parce que nous savons tous ce qui se passe en pareilles circonstances: violences incontrôlées, répression sauvage, des blessés et même des morts sans compte. Nous vivons dans une République où ni vous ni votre administration ne rendez jamais de compte, où vous usez de manœuvres aussi basses qu’écœurantes pour repousser indéfiniment l’aspiration légitime du peuple au changement. Monsieur le Président, où sont les réformes politiques, constitutionnelles et institutionnelles que nous vous réclamons depuis bientôt une décennie, de promesses déçues en manœuvres d’appareil pour vous dérober ?

Monsieur, défilez à Paris puisque vous ne pouvez le faire sereinement à Lomé. Soutenez Charlie Hebdo à Paris mais déniez aux journalistes togolais la liberté d’informer. Défendez la liberté, l’égalité et la fraternité place de la République, mais continuez à emprisonner, diviser et opprimer votre propre peuple. Luttez contre le terrorisme islamiste boulevard Voltaire mais brimez et torturez les braves citoyens qui oseront se mettre en travers de votre troisième mandat.

Oui c’est là toute l’hypocrisie de cette marche du 11 Janvier où les Français manifestaient pour des valeurs que les chefs d’Etat reçus par François Hollande empêtré entre incompétence et manque de résultats, foulent au pied quotidiennement dans leur propre pays.

Monsieur le Président vous êtes un grand défenseur de la liberté et votre confrère Ali Bongo est un chevalier en armure d’argent de la démocratie. A Paris, soyez Charlie si ça vous chante, mais tant que des gens seront emprisonnés sans procès depuis deux ans pour les incendies des marchés de Kara et de Lomé, tant que vos forces armées jusqu’aux dents empêcheront les populations de manifester, tant que des journalistes seront obligés de s’enfuir à l’étranger sans jamais donner de nouvelles à leur famille, continuez à vous complaire dans la Charlattitude, à vous répéter tel un mantra de charlattan pour vous endormir paisiblement « #JeSuisCharlie ». La vérité, c’est qu’au vu de tout ce qui vient d’être dit, le constat s’impose de lui-même: Vous n’êtes pas Charlie, Monsieur, vous ne demeurerez à nos yeux qu’un triste charlot.

Source: cine-concerts.fr Bien courtoisement,

Le Petit Togolais Libre,

Même libre de ne pas être Charlie avec vous.

Vous n’êtes pas Charlie, Monsieur !

« Il s’est levé »…et il ne revint pas

Si vous êtes Togolais(e) et que vous avez connu le malheur d’avoir eu besoin d’un document administratif alors vous avez déjà entendu la fameuse phrase « Il/elle s’est levé ». Décryptage pour celles et ceux qui n’ont jamais été confrontés à la situation.

 

Les fonctionnaires, tout mal payés qu’ils sont, ont trouvé diverses combines et astuces pour arrondir leurs fins de mois. Parmi celles-ci, il y a ce qu’on appelle par ici « les petits business ». Pour les accomplir, ces business, ils sont souvent obligés de s’absenter de leur poste pendant des périodes plus ou moins longues (plus que moins d’ailleurs!) Pour prouver leur présence sur leur lieu de travail (il faut bien justifier son salaire de misère), ils ont la malicieuse idée de venir le matin, poser leur veste ou tout autre objectif significatif leur appartenant et disparaissent, parfois pour toute la matinée. Quand un usager des services publics ou le chef de service à plus forte raison a le malheur de tomber dans ce laps de temps, le/la collègue répond systématiquement, tel(le) un dvd qui bogue « Il/elle s’est levée », sous-entendant qu’il a quitté à peine son poste, vous l’avez manqué de peu. Si vous avez la mauvais idée, que dis-je, l’idée absolument incongrue de vouloir attendre, préparez-vous à perdre une matinée. Qu’est-ce qui vous ferait plaisir: magazines, croissants chauds?

 

Tout ceci pour dire que ce matin je me suis levé. Ça y est vous avez compris! Pas pour un business, mais simplement pour aller récupérer mon permis de conduire que je passe dans la bouche depuis une bonne dizaine d’années. J’arrive à la Direction des Transports à 9h32. Je le sais parce que quand je me « lève », je regarde tout le temps ma montre, en fonction de la durée de mon absence, il faut inventer une excuse crédible!  Aucun préposé aux renseignements. Je m’adresse donc à un policier qui garde jalousement la porte d’entrée. Je lui fais comprendre que c’est pour un retrait de permis, il me désigne du menton une rangée de bancs où je suis censé faire la queue. Je signale au passage qu’il était gentil, poli et courtois. Cela arrive suffisamment rarement pour que je le souligne. Le problème c’est que dans la rangée de bancs, les gens qui attendaient étaient assis un peu n’importe comment, difficile de comprendre qui était le dernier de la file. Je m’assois donc prudemment au dernier rang en attendant de mieux cerner la situation. Il m’a fallu cinq bonnes minutes mais entendant un jeune homme protester que quelqu’un lui soit passé devant, j’ai finalement compris. Je prends donc place. J’avais une position privilégiée pour observer le véritable désordre organisé qui se déroulait sous mes yeux ahuris. Quatre services étaient traités dans l’immeuble gardé par le policier: les retraits de permis, de cartes grises d’une part et les dépôts de dossiers d’immatriculation auto et dépôts de dossiers d’immatriculation moto d’autre part. Tu m’étonnes que ça bouchonne à l’entrée! Aucune info claire n’est affichée nulle part sur les procédures à suivre, il n’y a pas de numéro d’ordre, personne ne donne d’info. L’horreur absolue. Du coup, la plupart des propriétaires de véhicules ne font pas personnellement les démarches, le flou entretenu quant aux procédures a favorisé l’apparition d’une caste fournie de « démarcheurs ». La même chose est visible dans tous les services publics clés. Ils reçoivent des sous destinés à faire ce qu’on appelle le « glissement » auprès des agents des différents services. C’est fou ce que cela peut accélérer les procédures. Quand on dit que « time is money », certains ont compris que « money can buy you some time ». Ces démarcheurs ne font pas la queue, ils restent devant la porte d’entrée, attendant de glisser un petit billet dans la poche de qui voudra bien les faire entrer avant tous ceux dont moi qui étaient assis sagement à faire la queue. Manque de pot pour eux, l’agent de police en poste n’acceptait aucun pot de vin, je vous promets je ne fais pas exprès!

 

Les bancs initialement prévus pour faire la queue. Pratiquement vides, les démarcheurs préfèrent rester debout. ça va bien plus vite!
Les bancs initialement prévus pour faire la queue. Pratiquement vides, les démarcheurs préfèrent rester debout. ça va bien plus vite!
Il y a toujours des gens debout, attendant le bon moment pour rentrer
Il y a toujours des gens debout, attendant le bon moment pour rentrer
Un seul guichet et pas de queue. Bonjour le désordre!
Un seul guichet et pas de queue. Bonjour le désordre!

C’est ce qui m’inspire la réflexion suivante. La corruption est ancrée dans les moeurs des Togolais. Quand tu te rends dans un service public pour récupérer un papier pour lequel tu as payé, après l’avoir obtenu tu glisses un billet à l’agent qui t’a aidé et qui au demeurant n’a fait que son travail. Quand tu veux un document pour lequel tu n’es pas en règle et que tu le veux vite, tu paies un dessous de table au lieu de te mettre en règle. Tu es pressé, tu n’as pas envie de faire la queue, tu paies pour passer devant tout le monde, non tous les pauvres, qui n’ont pas de sous pour payer, qui n’est pas pressé? Les agents de l’administration sont tellement habitués à ces pratiques que quand tu reçois (enfin!) ton papier et que tu leur dis un merci empreint de reconnaissance, ils ne te répondent même pas. Tu n’as pas fait le glissement, tu es un ingrat fini! J’en connais qui ont été décontenancés ce matin quand l’agent de police a déclaré à haute voix: »Je ne prends rien. Le seul moyen d’entrer avant les autres, c’est d’être venus avant eux. Je ne peux rien de plus pour vous. » Le Monsieur est revenu honteusement s’assoir derrière. Pouvez-vous imaginer qu’un quart d’heure plus tard, il a retenté sa chance auprès du même agent avec le même résultat? Mon rayon de soleil de la journée.

 

Alors que je réfléchis, 1h37 s’écoulent (je vous dis que je regarde tout le temps ma montre!), neuf personnes sont rentrées dans le fameux bureau. Une seule est ressortie avec son permis. Tous les autres ont eu invariablement la même réponse « Repassez la semaine prochaine ». Mon tour arrive, je suis confiant. J’étais censé retirer mon permis définitif depuis le 21 Septembre. Même si l’administration de mon pays est inefficace, sclérosée, corrompue, j’imagine qu’à un moment durant ces plus de cent jours de retard, un agent dans un moment d’ennui a pris la peine de saisir mon nom de chevalier anti-glissement et transmis mon permis, histoire de me faire honte de ne pas avoir payé! Je rentre et tends mon permis provisoire et là, surprise. La dame n’a pas un listing sur ordinateur où il suffirait de saisir un identifiant pour me dire si elle a mon précieux sésame ou pas, non! Elle est entourée d’une dizaine de listes et pire, elles ne sont même pas classées ni par numéro ni par ordre alphabétique. A chaque fois que quelqu’un lui tend son permis provisoire, elle fouille chacune des listes à la recherche du nom. Si le tien y figure tant mieux pour toi, sinon tu connais déjà la réponse: « Revenez la semaine prochaine! » Elle fouille et refouille, résultat…rien! Je comprends mieux pourquoi à chaque quelqu’un rentre, il ne ressort pas avant un quart d’heure. Elle me demande de repasser la semaine prochaine. Tu m’étonnes.

 

Je ressors à 11h27. Je suis sous le choc pas parce que je n’ai pas eu mon permis mais parce que je me demande comment un tel service peut être efficace avec de telles méthodes et quand je pense que le nombre de voitures et de motos achetées à Lomé vont grandissant!

 

J’arrive finalement au boulot. Il est 11h46. Une matinée sans travailler. Et nous avons été des dizaines dans ce cas ce matin. Bonjour le Togo émergent!

 

Je me suis levé…je ne suis pas revenu.

 

« Il s’est levé »…et il ne revint pas

10 bonnes raisons d’aller voter le 25 Juillet

Urne de vote

Conformément au calendrier électoral, les Togolais en âge de voter sont convoqués aux urnes le Jeudi 25 Juillet 2013 pour le compte des élections « légis-hâtives » comme dirait un aîné. A moins d’habiter plus de 6 mois par an sur la planète Mars, tous les Togolais sont au courant, du moins les sus-convoqués. Dans une campagne peu passionnante où on a moins entendu « programme » que « changement », un processus mené à coup de « j’y vais, j’y vais pas » d’un côté, et de « le chien aboie la caravane passera forcément », une campagne où le pneu avant droit d’un 4×4 de la Coalition Arc-En-Ciel a failli se détacher et venir m’ôter définitivement la vie, une campagne où… bon je passe, quand je commence mes litanies la fin est rarement facile à trouver. Dans tous les cas, je pense qu’il faut réellement être motivé pour aller glisser son bulletin dans la fente ce jeudi. Même si les hommes ont rarement besoin de motivation pour tout ce qui implique glissement et fente, je sens que cette fois-ci il va falloir franchement être motivé. Du coup j’ai pas à vous, oui vous! Je ne pense pas qu’à moi dans la vie. Quelques jours après le Mandela Day j’ai passé à faire ma bonne action. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit l’adage. Je vous ai donc dégoté dix bonnes raisons d’aller faire votre devoir citoyen ce jeudi.

1- Une élection c’est tous les 5 ans, c’est comme la Coupe du Monde, si ton téléviseur a une dent contre toi et décide de te le faire savoir pile au moment où ça commence, tu rates le Mondial et tu en es réduit à te contenter des commentaires et des résumés de matchs à tout jamais. Rien ne vaut le live. Au bureau de vote, tu as également le live: la tension qui règne sur place, les blagues à deux balles, les gens qui essaient de passer devant les autres pour aller plus vite, la sueur (et ce qui s’en suit…hum), les gens qui ont une haleine peu recommandable mais veulent forcément te parler, te parler fort! Je l’avais dit, le vote c’est comme le mondial, tu rates tu meurs!

2- Dans la vie c’est chacun son tour chez le coiffeur. La première fois que j’ai voté c’était en Avril 2005, ça s’est fini en bastonnades, coups de feu et vols d’urnes, euh pardon en « sécurisation d’urnes ». Il n’ y a aucune raison pour que les jeunes qui ont atteint la majorité de vote entre 2010 et maintenant ne connaissent pas leur lot de « déjà frappés ». La République est égalitaire, elle doit pourvoir les mêmes chances pour tous ses enfants, de ce fait on doit bastonner aussi les nouveaux venus sinon il y aurait une injustice de plus sur la terre de nos aïeux.

3- Quand on commence quelque chose il faut toujours le terminer. C’est un principe important quand on veut progresser. Cela fait bientôt deux semaines que les partis dépenses des sommes pas croyables en gadgets notamment des t-shirts que la plupart ont pris pour pouvoir dire enfin qu’ils ont des vêtements neufs tellement « pauvreté est devenue trop dans ce pays »; des t-shirts qui vont devenir maillot pour certains. Rien que pour l’effort caritatif fait et parce que nous ne sommes pas un peuple ingrat, il convient de voter pour les partis…ou leur adversaire. UNIR sorry for you!

4- Nous ne sommes pas des saboteurs. Ne pas voter ce serait saboter tous « les nombreux efforts entrepris par le Chef de l’Etat pour moderniser le pays » dixit…euh, eux tous, je parle des griots déguisés en Ministre de la République. Peut être qu’après avoir voté on arrêtera de voir sur les panneaux de début de travaux publics que c’est une institution internationale qui finance la construction de la nouvelle route. Merci qui? Merci la coopération internationale! Ah oui, merci Faure aussi: il sait si bien se coucher devant les bailleurs de fonds internationaux pour nous obtenir des prêts que nos enfants n’auront jamais fini de payer pendant que ses nombreux enfants à lui auront bénéficié du détournement desdits prêts. Je l’ai dit, nous ne sommes pas des saboteurs, allons voter!

5- Il faut bien faire semblant de croire les promesses démagogiques faites par les uns et les autres. Si nous n’allons pas voter, on n’aurait plus de raisons de détester cordialement la médiocre classe politique qui se dispute le pouvoir dans notre pays depuis plus de deux décennies. Si on ne va pas voter comment espérer voir pousser dans nos villages les fontaines d’eau potable promises, comment nos femmes accoucheraient au dispensaire de proximité construit par Monsieur le Député de sa propre poche? Si vous voulez que nos marigots se transforment en piscines toutes neuves, vous savez ce qu’il vous reste à faire!

6- Il faut absolument voter sinon les marches ne vont jamais cesser! Mon Dieu, je n’y avais pas pensé! Les cordons policiers qui empêchent de circuler dans Lomé le samedi, les journées « Ville Morte », les jeunes hommes surexcités (c’est tout relatif parce qu’avouons-le, certains ont dépassé l’âge) qui menacent les automobilistes, tout cela continuera si nous ne leur permettons pas de partager le pouvoir avec les geôliers qui tiennent les clés de la prison à ciel ouvert qu’est devenu le Togo. Si vous ne votez pas c’est comme si vous étiez contre eux parce que c’est bien connu le vote populaire, tout le vote populaire appartient à ceux qui n’auront réussi à sauver le Togo que de Kodjindji à la plage, et encore quel sauvage, oups quel sauvetage!

7- Nous devons permettre à nos étudiants de changer de leader! C’est clair que s’il n’est pas élu, nos pauvres étudiants sont perdus. Etre dirigés par quelqu’un qui a choisi que ses ambitions personnelles prennent le pas sur sa mission d’assurer des conditions décentes d’études à ses camarades, quelle galère! Les miettes tombées de la table du prince, qu’il leur lance en guise d’aide quand son bon vouloir en décide, ils peuvent leur dire adieu. Seule solution pour les étudiants: faire élire le gars qui semble dire sur la photo: »J’ai perdu 40kg en un an, tu veux connaître mon secret? » autrement, vu comment le gouvernement réagit aux revendications des opposants, je ne doute pas de la réponse systématique que recevront les prochaines revendications d’étudiants conduits par un opposant: ce sera non!

8- Ne pas voter ce serait refuser à son pays l’accès aux médias internationaux, ce serait un crime! En effet, c’est parce que nous voterons qu’il y aura décompte des voix, qu’il y aura contestations, qu’il y aura ce que Ras Ly appelle « Gbangban Electoral » et c’est grâce à cela qu’on parlera de notre minuscule Togo sur les médias internationaux! On pourra ainsi entendre Gilbert Barre-toi d’là déclarer que le vol a été tout à fait transparent et Jean-Pierre Fable s’autoproclamer président élu des Togolais, même c’est une élection législative, we don’t care, toutes les occasions sont bonnes.

9- Voter le 25 Juillet c’est contribuer à la réduction du chômage au Togo. Vous ne me croyez pas? Eh bien, vous n’êtes pas sans savoir que le marché de l’emploi est dur au Togo. Si 3 millions de personnes peuvent contribuer à ce qu’il y ait 91 chômeurs en moins, je suis preneur! Et quel job? Payés des centaines et des milles pour lever la main un fois par mois sur des choses qui ne changent la vie de personne, c’est merveilleux. Pas de stress, pas d’obligation de résultat… j’en rêve d’ici. Je comprends mieux pourquoi neuf chômeurs se battent depuis des années pour y retourner. Suivez mon regard…

10- Il faut voter tout simplement parce que c’est votre droit! Dans ce pays où les gens n’ont jamais droit à rien, où il faut soudoyer les fonctionnaires gras et repus de l’administration pour obtenir quelque chose auquel vous avez droit en tant que citoyen de notre merveilleux pays, voter est un des rares droits qui s’exerce gratuitement, même si le prix à payer par la suite est fonction du mécontentement de ceux contre qui vous aurez voté…

Vous l’aurez compris c’est juste de l’humour. Personnellement je ne vois aucun enjeu à ces élections qui se profilent, je ne vois pas le bout du tunnel poindre au travers des bavardages stériles de nos politiciens, cela ne m’amuse que moyennement de voir la médiocrité dans laquelle ensemble ils baignent déjà et cherchent désormais à plonger le peuple togolais tout entier. Voter est un droit que notre peuple a conquis de haute lutte. Même si notre voix n’est pas entendue, il faut l’exprimer au moins.

Je n’appellerai pas à voter pour qui que ce soit, c’est irrespectueux pour l’intelligence des gens. Je peux tout du moins dire que j’irai voter jeudi, j’irai voter blanc pour montrer que je ne cautionne ni la gestion sanguinaire du régime UNIR qui appauvrit les Togolais et crée un fossé entre la majorité silencieuse et la minorité que le président lui-même accuse de s’accaparer la plupart des richesses du pays, oubliant qu’il est le premier d’entre eux, montrer que je ne cautionne pas non plus les errements du CST/ANC qui ne propose aucune vision d’avenir pour les Togolais, qui pense que le pouvoir se ramasse dans la rue, manque de respect à nos mères et nos femmes et peine à donner espoir aux jeunes. Ne pas voter ce serait se foutre du gouffre vers lequel va le navire Togo, j’irai donc voter pour distribuer un carton rouge à ces faux Togolais plus passionnés par leur intérêt personnel ridicule que de donner un vrai cap à ce pays.

10 bonnes raisons d’aller voter le 25 Juillet